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Pages d'histoire La montée des périls

27 novembre 2019

Plutôt Hitler que le Front populaire

Vingt et un ans seulement séparent la fin de la première guerre mondiale du début de la seconde. Et l’une et l’autre guerre ont bien partie liée ; liée jusqu’à se confondre pour certains : une guerre de trente ans en quelque sorte. Indéniablement l’avènement d’Hitler au pouvoir doit pour une part au traité de Versailles, draconien pour l’Allemagne vaincue, et à la crise de 1929 ; mais pas seulement. Le pacifisme (plus jamais ça !) né contre cette Première Guerre mondiale fut, c’est vrai, un handicap pour réagir comme il aurait fallu face à la montée du fascisme en Europe.  Cette idéologie national-socialiste séduit ; elle rejette les droits de l’homme et la philosophie des Lumières ; elle rejette, en bloc, le libéralisme et le marxisme qui en serait un avatar ; elle veut en finir avec la démocratie et la lutte des classes qui en découle. D’où la fortune en France du slogan « Plutôt Hitler que le Front populaire ». Ce que Jacques Maritain, le philosophe catholique, explique ainsi : « Les partis se réclamant de l’ordre et de l’autorité (…) ne voulaient à aucun prix courir le risque d’avoir à combattre Hitler et Mussolini en qui elles voyaient follement les défenseurs de l’ordre et de la propriété ». Comment expliquer autrement les reculades des démocraties face aux dictatures ? …l’abandon de l’Espagne républicaine ? …et le refus persistant de ces démocraties de conclure une alliance avec l’ U.R.S.S. quand il était encore temps … quand bien même ce pays était sous le joug d’une terrible dictature stalinienne  ?

En Corse aussi

D. Paoli : félicitations à Mussolini
Novembre 1935. La municipalité bonapartiste félicite Mussolini

Sur ces grandes questions la Corse est en résonance avec le pays. C’est vrai du pacifisme, car l’île a payé un lourd tribut à la guerre 1914-1918 : plus de  11.000 morts, et les blessés, et les gazés. C’est vrai des affrontements idéologiques à propos du Front Populaire soutenu en Corse par le clan des radicaux (César Campinchi fait partie du gouvernement), les socialistes et les communistes faiblement implantés avant guerre ; toute la gauche opposée à la droite du clan de l’ex-ministre François Pietri et aux partis d’extrême droite : P.P.F. et Parti Social Français C’est vérifié quand il s’agit de l’engagement d’une quarantaine de Corses et autant d’Italiens réfugiés antifascistes qui allèrent combattre avec les républicains espagnols.

A l’opposé, les conquêtes des nazis et des fascistes en Europe et en Afrique reçoivent les soutiens conjugués du maire Dominique Paoli et des irrédentistes.

L’irrédentisme très largement rejeté.

L’irrédentisme ? Mussolini revendique la Corse et la crainte des Corses, dans leur grande majorité, d’être annexés par l’Italie sera le principal moteur de la Résistance. La riposte des Corses est massive. Elle est clairement exprimée fin 1938 par le serment de Bastia. Le pacifisme n’est plus de mise face aux prétentions du Duce qui déploie d’importants moyens de propagande : journaux, émissions radios, bourses pour des études en Italie, etc. Certes, il s’appuie sur un consulat renforcé mais il n’obtient pas les résultats escomptés parce que Mussoloni « …ne comprend pas que les racines du patriotisme corse sont liées au consentement accordé en 1789 […] écrit Hélène Chaubin. Mais « on ne peut ignorer, poursuit-elle, les exceptions. C’est le cas des autonomistes du P.C.A. », plus précisément d’une fraction d’entre eux, « Une minorité issue de ces milieux approuve toutes les initiatives allemandes et italiennes dans le domaine de la politique étrangère ». La droite corse qui « n’est pas sans approuver certains aspects du régime fasciste » (1) ne se laissera toutefois « jamais aller jusqu’à prôner le séparatisme ou à soutenir l’irrédentisme »

(1) Hélène Chaubin. « Corse des années de guerre, 1939-1945. pp 13, 14. Editions Tirésias-AERI.

 

 

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