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Pages d'histoire L’imprimerie de Porri (Castagniccia)

29 novembre 2019

Damien Vittori* : « Je veux vous parler de l’imprimerie clandestine qui était une arme essentielle pour la mobilisation des patriotes parce que de cette imprimerie sortaient les journaux clandestins et surtout les tracts qui appelaient à la lutte contre l’occupant, les troupes italiennes.

Cette imprimerie se trouvait à Bastia. Elle a été, pour ainsi dire, montée à Bastia. De là, transportée à Querciolo, de Querciolo à Sorbu-Ocagnanu. Mais toute la question était, après, de la transporter en son lieu : là où elle devait fonctionner, c’est-à-dire dans la région de Porri. J’ai retenu une bête de somme pour le jour J. J’ai profité d’un formidable orage. Je me suis rendu à Sorbu sous cette pluie diluvienne. J’ai chargé avec le patriote qui m’attendait. De là, on a chargé l’imprimerie sur cette bête et je l’ai transportée jusqu’à Porri. J’y suis arrivé dans la nuit. Je l’ai entreposée dans une maison en plein centre du village. Cette maison était habitée par un inspecteur de police en retraite. On a placé cette imprimerie dans cette pièce, tenue au grand secret. Parce qu’il fallait la placer à Porri pour préparer la grotte. La grotte, il fallait l’aménager pour recevoir l’imprimerie et l’imprimeur avec le garde. Or à Porri, l’imprimerie a travaillé pendant un mois, de fin novembre à fin décembre. Les journaux sortaient régulièrement ; les tracts sortaient régulièrement et personne ne s’est jamais douté de rien.

Après, les italiens commencèrent à arriver au village. A ce moment-là, on l’a emmenée dans une maison de campagne « Pudossu » à 300 mètres en dessous de Porri. Or, l’imprimerie est restée là 21 jours et les tracts et les journaux sortaient quand-même. Après, par mesure de sécurité, on s’est dépêché. On l’a emmenée dans la grotte qui était prête. Elle était en haut d’une falaise. Pour y accéder, c’était vraiment un jeu de calcul et là, elle fonctionnait. La preuve en est, elle a fonctionné sans incidents puisqu’une centaine d’italiens sont arrivés dans la région. Ils ont fouillé du matin à l’aube jusqu’au soir au crépuscule sans rien trouver. L’appel à l’insurrection a été imprimé le 9 septembre au matin. Le 9 au soir, il était déjà distribué à Bastia et dans la région. Voilà à quoi a servi notre imprimerie clandestine.»

* Damien Vittori. Responsable militaire du secteur Golu-Cervione du Front National Corse.

Témoignage édité par la publication de l’ A.N.A.C.R. 2B « A Memoria » n° 36. (publication première dans « De la Résistance à la Libération. Ed. C.D.D.P. Haute-Corse 1985. p. 17

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