Chargement...

 

ActualitésPages d'histoireTémoignages Pietroso, mon village libéré

22 avril 2020

PRÉSENTATION1C’est Marcel Santoni qui est à l’origine de la publication de ce carnet. Il a été publié dans une brochure éditée par le musée A Bandera en 1983

Il aura fallu un demi-siècle après les faits pour que soit exhumé du fatras d’un grenier un petit carnet noir sur lequel mademoiselle O.V. avait tenu, une chronique des combats de la libération de son village, Pietroso. Mlle O.V. a jeté sur ce carnet, jour après jour, des notes rédigées en style télégraphique, à la va-vite.   A quoi bon soigner le style puisqu’elles resteront confidentielles ! Mais paradoxalement, la spontanéité de l’écriture, ajoute à la valeur du témoignage ; les évènements décrits, comme les commentaires sont « servis dans leur première fraîcheur »2Marc Bloch. « Les témoignages ne valent que servis dans leur première fraicheur. ». Et par un heureux hasard, un autre témoignage, celui de la jeune institutrice arrivée à Pietroso en 1940, Madeleine Pinelli, nous raconte son premier acte de résistance : à la rentrée scolaire, elle refuse de participer à la cérémonie de lever des couleurs, malgré les menaces du maire et en dépit de l’animosité du village à son encontre  -bercés qu’ils étaient encore, comme une large majorité de Français par l’illusion pétainiste.

O.V.
O.V. L’auteure du journal

Le témoignage présente d’autant plus d’intérêt que le village de Pietroso est proche de Salastraco, à la sortie du défilé de l’Inzecca, un lieu stratégique que les Allemands veulent ravir aux Italiens pour sécuriser leur retraite par la route de la plaine orientale. Durant plusieurs jours, à partir du 9 septembre, les Allemands et les Italiens (aidés par les Résistants) s’affrontent dans de durs combats : offensives et contre-offensives se succèdent. Les Pietrosais assistent inquiets à la fuite de ces Italiens, « nos braves Piémontais », qu’ils côtoyaient depuis de longues semaines et qui cèdent momentanément la place aux Allemands – qu’ils craignent, ceux-là.

Pour la  plupart, les Italiens avaient accueilli l’annonce de la capitulation avec soulagement. Après le court moment d’espoir d’un retour rapide à la maison qu’ils avaient partagé avec les Piétrosais –Siamo amici -, ils sont plongés dans le désarroi parce qu’ils doivent affronter maintenant les Allemands vindicatifs qui ne pardonnent pas leur trahison. V.O. observe avec une certaine compassion « ces pauvres bougres » dont elle raille aussi le peu de courage et qui ne savent plus à quel saint se vouer. Mais plus on monte dans la hiérarchie du commandement, plus les fascistes y sont présents, amers de devoir abandonner les Allemands. Ils freinent et tergiversent pour l’application des clauses de l’armistice. Les hommes sur le terrain sont au désarroi, à l’épreuve de cette duplicité ; à chacun sa boussole. A cet égard, le témoignage de V.O. ,  écrit avec son mental émotionnel, donne de la chair aux études plus globales sur le comportement des troupes italiennes pendant la libération de la Corse. 3Voir aussi le témoignage de « Giovanni Milanetti, soldat de l’Esercito »

Antoine POLETTI

Carte Pietroso
De Vezzani à l’Inzecca (Pinzalone) en passant par Pietroso

Mercredi 8
La nativité. Messe magnifiquement chantée (Bone Pastor ! réussi!). Sieste jusqu’à trois heures. Au réveil, dans le jardin, Bernard, Marcel, François et le docteur font un bridge.
Cinq heures – procession. Lila et moi avons porté la Vierge.
Sept heures – promenade jusqu’à Pinette pour accompagner Marcel. Nouvelle sensationnelle en cours de route : l’Italie a demandé l’armistice. Joie fébrile dans nos cœurs, même chez les Italiens de la mine.4Une ancienne mine de cuivre désaffectée à la sortie est de Vezzani. Les Italiens l’ont aménagée pour en faire une ligne de défense
Huit heures, et demi-tour à la maison : larges sourires sur tous les visages tendus vers la T.S.F. Mme M.G. saute de joie dans les escaliers. Souper animé.
Soir – grand monde sur le boulevard. Manifestation des jeunes : coups de revolver, chants patriotiques, cris bien corses. Chahut jusqu’à une heure du matin.

 

 

Jeudi 9
Calme joyeux à Pietroso. Joie délirante chez les Vezzanais. Le commandant Silvani arrive en triomphe pour filer sur Ajaccio. Le maire est balancé. Un comité se forme. Les jeunes se promènent fusil au dos devant les Italiens calmes et souriants. Ce sont nos braves Piémontais.
Dans l’après midi, une voiture ajaccienne, chargée à bloc, décorée de drapeaux des alliés s’amène. Accueil des plus enthousiastes : partout ce sont des acclamations, des vociférations, des drapeaux.
Soir – bonne nouvelle ! Les prisonniers corses sont libérés. Tous nous nous réjouissons en pensant à A. Giuntini qui va pouvoir revenir parmi nous. Mais un vague regard de tristesse dans tous les yeux : notre pensée s’envole vers ceux qui viennent d’être fusillés il y a quelques jours à peine5Il s’agit de Michel Bozzi, Jean Nicoli et Luigi Joseph, fusillé le 30 août 1943 à Bastia. Quel malheur ! Mais puisque la volonté de Dieu est telle ?

 

Vendredi 10

On parle d’adhésion à la dissidence 6C’était le terme dont le régime de Vichy usait pour qualifier la Résistance hors de France et la France Libre en particulier. Ce sont des projets. Réjouissance en pensant aux relations avec l’Afrique du Nord [de nombreux Corses y résident], à la nation entière. Nous apprenons qu’il y a bagarre à Bastia et à Ajaccio. Les Italiens ont soi-disant désarmé les Allemands7En effet, les Allemands veulent se rendre maîtres du port de Bastia en chassant les Italiens. De durs combats s’y déroulent dès le 9 septembre. Un temps vaincus, les Allemands prendront possession de la ville le 12 septembre. La ville sera libérée que le 4 octobre après de durs combats.
Soir – nous attendons Antoine. Je monte à Vezzani avec Lila.

Samedi 11

C’est Samedi. Les jeunes de Pietroso manifestent publiquement. Sur tous les murs des : « Vive De Gaulle ­W. Churchill – Roosevelt -et même Staline, vive la Corse Française libérée – la France et ses alliés ». Tout au bout du grand mât, flottent les trois couleurs où se distingue une croix de Lorraine. Une affiche où en première ligne: « République française ».  Le Front National est créé à Ajaccio8La création du Front National est antérieure. L’auteure, fait référence à l’appel à l’insurrection, quand le F.N. sort de la clandestinité pour apparaître au grand jour. Désormais nous faisons parti de la dissidence. Adieu Vichy ! Quelle heureuse nouvelle ! Sur le boulevard des groupes discutent sur les faits nouveaux. La T.S.F. nous apprend qu’en Italie c’est la lutte acharnée pour chasser les Boches du territoire. Hier alliés, aujourd’hui ennemis ! Que le monde est d’apparences fausses. En Russie : avance.
Trois heures -on attend avec impatience le retour d’A.9Antoine Giuntini responsable militaire arrêté par les carabiniers en Juin: condamné à 30 ans de prison par le Tribunal militaire italien. Je monte à Vezzani avec les Giuntini. Les autres Piétrosais montent à la rencontre. Hélas, encore personne.
Le soir : un Comité se forme à Pietroso. Le maire est maintenu. S. et H. sont nommés adjoints. Vingt et une heures je tape des affiches à la machine. A la maison. Bernard, Lila, Marcel et Pierrot. Bonnes rigolades. A vingt trois heures, dodo.
Vers trois heures du matin : réveil général. Bruits de voitures, de motos, de camions, de chenillettes. Tous à la fenêtre, nous regardons croyant d’abord à l’arrivée des « liberators ». Non!  ce sont les Italiens, pendant deux heures : défilé soit en moto, soit en voitures, en vélo même. Au passage, ils ont dit qu’ils allaient prendre position à Pinzalone pour attaquer les Allemands. Cinq heures – on se rendort.

Dimanche 12

Réveil à huit heures. Messe à dix heures. Sur la route, la popote italienne. Des bruits sourds d’avions. Des coups de feu. Chacun s’inquiète. On discute, on questionne, on guette les motocyclistes qui reviennent d’en bas. On se bat. Soudain une ambulance portant trois blessés couverts de sang. Ah, c’est ça la guerre ! Une journée d’angoisse s’écoule ainsi. Attendant, pensant, écoutant, tous réunis sur la route… tandis que les quelques Italiens de la cantine remuent le contenu des marmites avec des planchettes. Le petit Seigt ne manque pas à l’appel. Il est là qui surveille. Pierrot, Lila me taquinent. Je me rappelle une phrase de Marcel alors que nous passions devant lui : « Sens ce regard sur ta nuque ».
Cinq heures – silence au loin… puis tout à coup une voiture allemande; quoi! Un immense drapeau blanc y flotte. A l’intérieur deux officiers boches et un Lucquois10En termes péjoratifs : Boches pour désigner les Allemands et Luquois (Lucchesi), Lucs en abrégé, pour désigner les Italiens. Que signifie tout ça ? Quelques heures après ils retournent. Ils n’avancent plus le large sourire qu’ils avaient auparavant. Ah ! Les traîtres, nous l’avons su plus tard. Un instant après leur passage, la bagarre reprend. Dans la nuit ceci nous paraissait plus lugubre encore. Une circulation fiévreuse, incessante… tout le village en éveil ne pensait même pas à dormir.
Des blessés dans les ambulances ! Un cri de souffrance entendu au passage nous crève le cœur. Les chauffeurs nous renseignent sur ce qui se passe sur les champs de bataille à neuf kilomètres d’ici11Le lieu est Pinzalone, dans le défilé de l’Inzecca, sur la route qui relie Ghisoni à Ghisonaccia. Un sous-officier, Paul Conte-Devolx, en poste au standard téléphonique d’Ajaccio reçoit le compte-rendu des combats de toute la Corse pour les communiquer à l’état-major(Source. Archives de l’éditeur). Dans son journal il relate que « Le 12 septembre commence une bataille à Pinzalone, au bas de du défilé de l’Inzecca entre Italiens et troupes allemandes venues de Ghisonaccia. Les pertes italiennes seraient de 100 à 200 hommes restés sur le terrain. Quatre Résistants sont fusillés. Les Allemands, appuyés par des chars refoulent les Italiens qui se retranchent derrière Vezzani dans la nuit du 12 au 13, faisant sauter deux ponts au sud de Vezzani. […] Le plus gros effort fait par les Allemands a lieu le 17 au soir. Ils attaquent avec des chars le défilé de l’Inzecca,à partir de 18 heures. Deux chars sont détruits au canon ou à l’explosif. En même temps, une forte patrouille  traverse Pietroso, se dirigeant vers Vezzani. ». Qui l’aurait cru il y a un mois ? Quelques soldats évanouis sont confiés au docteur de Nobili. Ils sont étourdis par le choc des grenades. Pauvres êtres humains ! Chez Mme Franchi, un soldat inerte. Piqures, frictions. Plus loin dans un side-car un tout jeune de vingt deux ans qui revient à lui petit à petit. Il sourit et de sa voix encore puérile nous dit : « Cela n’est rien ! je me suis battu en Russie où c’était bien pire ». Un autre a reçu un éclat d’obus dans le bras. Vite, j’aide le docteur pour lui faire un pansement.
Deux heures – je rentre. Dehors toujours des Italiens mais moins de civils. A peine couché, un bruit formidable nous fait précipiter aux fenêtres. Qu’est-ce ? Des centaines de motos, de camions, deux ou trois tanks filant à toute allure sur Vezzani. Honteusement, les pauvres « Lucs » se repliaient criant au passage que les Tedeschi (Les Allemands] suivaient derrière. Nous voilà tous de nouveau en alerte. Nous pensons déjà à la fuite dans la montagne. On passe, on vient, on deman­de, on téléphone. Puis un grand calme … La lune répand toujours ses rayons d’une lueur blafarde. En vain, nous attendons les boches !12Les vieux du village s’inquiètent d’un drapeau français à croix de Lorraine hissé sur un mât. Ils demandent aux jeunes du village qu’il soit descendu. Ces derniers refusent mais il le sera quand ils partiront au maquis. Harassée de fatigue, je me jette sur le lit et m’endors tout habillée pour ne me réveiller que le lendemain à une heure.

Lundi 13

Les Italiens ont pris position à la mine de Vezzani. Ah ! Parlons-en de ces « peureux ». Déjà ils ont fait sauter le pont. Précautions bien prématurées… Sachez que les Boches sont toujours installés à Pinzalone, autrement dit à une vingtaine de kilomètres de leurs nouvelles positions.
Toute la journée des avions allemands ont survolé le camp d’aviation de Ghisonaccia, sans doute portant des renforts. De tous côtés, des dizaines d’Italiens sortent du maquis. Ce sont les soldats considérés comme morts. La veille, les troupes en retraite nous disaient : « Ah ! Désastre! Près de trois cent morts! ». Savez vous combien y en-a-t-il eu ? Le nombre ne dépasse pas quinze.
Plus d’électricité ! Plus de téléphone ! Route coupée ! Nous voilà tout à fait isolés. Les « Liberators » ne seraient ils pas arrivés ? Nous oublieraient-ils ? Ils savent bien que les Corses ne sont pas armés, que les troupes Italiennes sont incapables de rien faire. Voulez-vous que je vous cite un exemple ? Le jour de l’armistice, à Ghisonaccia, ou aux environs, sept Allemands ont désarmé deux cents Italiens! Ah, les voilà les troupes d’élite !
Soir – les Pietrosais ont reçu quelques pauvres mousquetons13Les armes manquent aux Résistants. Ils ne disposent que d’armes légères. Le 12 septembre, des armes et des munitions arrivent de Corte mais de qualité et d’efficacité parfois douteuses. C’est avec ça qu’ils vont combattre ? Pauvres insensés… Ils parlent de partir en patrouille vers Salastraco. C’est de l’exaltation, en plein ! Et s’ils viennent à rencontrer une patrouille allemande avec mitrailleuse etc… que feront- ils ?

Mardi 14

Dans l’après midi, une quinzaine de Pietrosais partent fusils au dos. En tête M. H. Inquiétude pour nous qui restons. Que vont-ils faire? Ils se feront repérer et fusiller. De tous côtés surgissent des civils armés de misérables fusils. Ce sont des Venacais, des Cortenais, des Vezzanais.

Mercredi 15

Les jeunes reviennent après une nuit passée au maquis. D’Agheri, ils ont pu voir le pont de Salastraco où se trouvent des tas de munitions abandonnées le soir de la retraite. A Pinzalone : quatre chars d’assaut en plein milieu de la route. Dans l’après midi, vendanges chez Mme De Nobili. En deux heures et demi Laurence, Lila et moi avions tout fini. Douze caisses ! Riche n’est-ce-pas ? Le soir après souper, nous bavardons avec la patrouille Italienne. Ce sont de braves bougres, dégoûtés de la guerre et ne pensant qu’au joyeux retour « a casa ». Ils nous parlent de leurs familles, de leurs enfants, de leurs fiancées et nous montrent des photos, nous offrent des cigarettes et nous disent avec un bon sourire : « Siamo amici » !  [nous sommes amis].

Jeudi 16

La veille vers six heures, un lieutenant italien, de belle allure, aux yeux bleus très vifs, descend en moto avec un soldat. Il demande aux civils où se trouve le blessé qu’on a entendu crier. En effet, voilà trois jours de ça, des civils avaient dit qu’ils avaient entendu des cris, un soldat qui criait : « au secours « . Ce soldat étant dans les lignes boches, il ne pouvait pas être repris. Le lendemain cet officier se fait prêter des habits à Scartabella et part à Agheri avec une corde. Là, plusieurs personnes se préparaient pour aller vendanger à Quinzena chez Mr Pieri. Le lieutenant part avec et passe inaperçu. Et tandis que les autres vendangeaient, lui allait de part et d’autre. Vers midi, il s’amène à la vigne. Un gosse d’Agheri, quatorze ans environ14D’après d’autres témoignages, ce jeune berger s’est porté volontaire pour guider l’officier vers les lignes allemandes et l’accompagnait au retour au moment de l’accident., le voyant de retour court à sa rencontre, le sourire aux lèvres, cheveux rebelles au vent. A peine était-il à ses côtés que le lieutenant pose sa musette par terre en disant « attention, c’est dangereux, faut pas toucher ». Mais une malencontreuse pierre se trouvait dessous; un petit choc fait sauter la mine antichar qui s’y trouvait; le lieutenant a été brûlé à vif! Le malheureux enfant tout criblé est tombé sans connaissance et un monsieur passant à quelques mètres de là a été blessé également. Vers deux heures de l’après-midi alors que nous nous préparions pour vendanger à Caninu, nous voyons un cabriolet transportant les deux blessés. Le docteur aussitôt est envoyé chercher. L’enfant rendait le dernier soupir à peine arrivé ici dans les bras des pauvres parents atterrés. Le deuxième blessé, après quelques soins rapides, a été transporté d’urgence à Corte, complètement défiguré, tandis que du corps du lieutenant ne restait plus qu’une jambe et que la tête.

Vendredi 17

Journée mémorable. Dix heures -enterrement, touchante cérémonie. A Petra Noce, la patrouille italienne. Vers onze heures, en remontant du cimetière, nous avons été étonné en voyant devant la maison de Titinu, une voiture allemande avec deux Boches : un officier, un soldat (le chauffeur) et avec eux un lieutenant italien, soi-disant fait prisonnier à Bastia. Des blagues! C’était tout simplement un traître d’accord avec les Allemands. Jusqu’à douze heures, ces messieurs ont discuté, d’abord avec le sous-lieutenant de la patrouille, ensuite avec un capitaine descendu en moto de Vezzani. Casse-croûte à Petra Noce. Sardines – et quelles sardines! Sur les boites jetées ensuite, nous avons constaté qu’elles étaient de marque française, produits de choix de Bretagne, et même une boite de marque portugaise. Quels salauds! Ils vivent à nos dépens. Enfin à une heure, tous les quatre partent en moto à Corte. L’officier boche et l’officier italien ont les yeux bandés.
Ignorant tout à fait le but de ces parlementaires, nous attendons avec impatience leur retour. Supposant un tas de choses, interrogeant les soldats de la patrouille vezzanaise qui en savaient autant que nous tous. De une heure à cinq heures, nous avons été ainsi d’un groupe à l’autre, demandant l’avis de chacun. Nous avons bavardé un bon moment avec trois soldats ita­liens, sous le petit tilleul. L’un nous racontait la bataille de Pinzalone, nous narrant sans vergogne sa fuite. Son style imagé nous a bien fait rire. L’autre à petite moustache, très sympa, était blasé, dégouté de tout, envoyant aux quatre diables tous ses officiers et tout le saint-frusquin : « Oui, bien sûr notre lieutenant a mangé, mais nous nous sommes là depuis ce matin pour monter la garde, sans rien à avaler. Et puis, que comploteront les autres à Corte? Vous ne voyez pas le coup, s’il signe à nouveau l’armistice? Moi­ me battre encore à côté des Tedeschi? Je me déshabille et vais dans le maquis, ensuite je me bats avec les Corses – y en a marre! Six ans que je ne suis plus allé à la maison, six ans de désarroi! Plus on va et plus on y comprend rien. Povera Italia! » et il jeta de rage son fusil à terre.

Tandis que nous discutions ainsi ensemble, les heures filaient. Le chauffeur allemand se promenait avec le sous-lieutenant et un soldat; tous les deux acceptent chocolat, cigarettes. Un Français ne se serait pas permis une telle chose! Dans le jardin, tout à fait au fond, Papa, tonton, le docteur et M. Angelini, tous les quatre assis à l’ombre sur le banc, attendaient aussi et regardaient ces phénomènes de mili­taires assis devant la maison où Titinu sommeille à demi. Tout à coup le banc part en arrière, et nous voyons ces quatre paires de jambes en l’air au milieu de la verdure. Bonne rigolade! Ceci a occasionné une crise de fou rire chez tout le monde. Les soldats situés juste au dessous se tire-bouchonnaient.
Sept heures, enfin ! Les motos reviennent, les bandeaux sont enfin retirés, on se frotte les yeux! Tous s’approchent, tendent l’oreille. L’officier allemand discute avec un lieutenant-colonel italien venu du côté de Corte sans doute. Ce dernier est de belle allure. Grand, élancé, très distingué. Ils écrivent et lisent des paperasses. Puis le colonel les salue, leur serre la main et leur dit: « Alors! Au revoir, j’espère boire une bouteille avec vous à Turin à la fin de la guerre« . Sourire, signe d’adieu et la voiture démarre. Louche tout çà! Murmure suivi d’un silence dans le groupe pietrosais. Soudain, le lieutenant-colonel, prêt à enfourcher sa moto, revient sur ses pas et s’adressant à tous : « Il ne faut pas croire que nous sommes de nouveau amis avec les Tedeschi, parce que j’ai serré la main à l’officier et lui ai souhaité un prompt au revoir. Non! J’ai fait ça parce que c’est un de mes amis connu à Turin, tout simplement. Je tiens à vous dire que nous sommes ennemis plus que jamais et décidés à leur faire la guerre, ceci dans notre intérêt et dans le vôtre aussi« . Quel soulagement! Beau salaud, addìo et la moto disparaît au loin.
Quelques instants après, M. Calzaroni, parti en vélo une heure auparavant pour Maison Pieraggi, retourne à notre ahurissement. A Salastraco, une voiture allemande a sauté en passant sur l’endroit où les Italiens avaient placé des mines antichars avant la retraite. Quatre officiers allemands ont succombé. L’ambulance arrive aussitôt. Les civils n’ont plus le droit de passer.
Huit heures – chacun s’apprête à dîner quand tout à coup nous entendons : « les Allemands! Les Allemands! ». Quinze Allemands viennent faire leur patrouille. B. court aussitôt en vélo avertir les Italiens de Vezzani que les Allemands sont installés à Pietroso15Jugeant Pietroso vulnérable, dans le no man’s land, ordre a été donné de replier le poste d’embuscade de Saparelle, l’action devant désormais se limiter au renseignement. Les armes sont cachées dans la paille et entreposées dans un ancien garage près duquel stationne la patrouille de SS. Craignant que celle-ci ne l’utilise comme abri, il a fallu distraire les soldats, leur offrant à boire et à manger pendant que par une petite fenêtre les armes sont jetées dans les ronces en contrebas….
Soir -boulevard désert. Les boches sont devant la maison de Titinu. Ils ont demandé à papa des couvertures pour la nuit (Il leur a donné la bâche) puis un âne pour se rendre je ne sais où. Bref, nuit d’angoisse. Nous avions peur de la bagarre en pensant qu’ils étaient peut-être en avant-garde et que les autres suivaient derrière. Pour toutes précautions, nous avons préparé une valise contenant le nécessaire au cas où il nous aurait fallu prendre la fuite. Finalement, n’entendant plus rien dans la nuit noire, sachant les boches allongés et ronflants, un seul montait la garde, nous nous sommes endormis. Ah! Je le revois toujours sur sa moto, courageux, prêt à aller secourir un de ses camarades souffrant depuis trois jours. Quel exemple!
Soir – après les vendanges : souper-visite mortuaire -soirée des plus tristes.

Samedi 18

Joyeux réveil ! Plus d’Allemands ; ils sont repartis. Je me mets à la fenêtre encore toute endormie, cheveux en l’air et je vois tonton Noël monter à toute vitesse, un papier à la main: un tract! Trouvé dans la Tepa, jardin des G. En gros caractères « Corses ! Les premières troupes françaises ont débarqué en apportant tout ce qui vous manque. Nous comptons sur votre aide. C’est vous qui devez gagner la première victoire – signé Giraud« . Enfin nous sommes sûrs à présent que quelques troupes sont en Corse. Mais combien ? La patrouille italienne a remplacé la patrouille allemande. Ils reprennent courage à l’annonce des troupes françaises.
Soir -nous apprenons qu’à Maison Pieraggi, les Allemands ont pris M. Fratani, M. B. et François comme otages, disant que c’étaient des Corses qui avaient placé les mines antichars de Salastraco. Les autres Casonais [les habitants de Maison Pieraggi] ont pris la poudre d’escampette pour aller s’établir à Tepa, Casevecchie etc…

Dimanche 19.

Messe à dix heures. Les Italiens se sont installés derrière la Pian Del’aghia, au-dessous du tombeau et je ne sais où encore. Avant hier, Pietroso était aux mains des Italiens! Hier aux mains des boches ! Aujourd’hui ?… aux mains des deux ! Oui, oui…cinq Allemands sont revenus en patrouille, culottés autrement que les « Lucs », qui ont filé jusqu’à A Faccata de Vezzani. Pendant ce temps, les Italiens qui soi-disant n’avaient pas ordre di sparare [faire feu] se sont enfouis sous les mourze [Morze, les immortelles d’Italie] et se sont bien gardé de faire feu. A une heure, nous étions de nouveau sous la garde des Lucquois. Décidément Pietroso fait concurrence à Kharkov16Karkhov, ville ukrainienne, frontalière de la Russie. Elle est passée successivement aux mains des Allemands et des Soviétiques ; la 3ème bataille en février mars 1943, la 4ème en août 1943. Enfin, tant que ces jeux de cache-cache durent ça ira bien. Mais du jour où la bagarre éclatera, je ne sais pas ce qui restera de notre petit trou. Nous avons des canons de tous côtés. En face des canons italiens (Antisanti), à gauche les autres positions italiennes (Vezzani), à droite celles des Allemands (Salastraco). Bernard, papa, Marcel, Félix et Pierrot sont montés à Vezzani. A cinq heures, ils reviennent nous annoncer la visite de cinq officiers français à Vezzani. Bien équipés, ils leur ont dit: « Ne vous en faites pas, sous peu, nous viendrons et la patrouille allemande ne se montrera plus dans votre village« . En mer, nous avons vu deux convois de bateaux allemands. Que transportent-ils ? D’où viennent-ils ? Où vont-ils ? Nous nous savons rien et cela est terrible. Nous ignorons ce qui se passe à Bastia et nous nous gardons bien d’écouter tous les bobards.
Six heures -bénédiction- promenade avec Lila, sous les châtaigniers ; causette avec un brave soldat italien. Je fredonnais « Dormi Firenze » et lui caché, me faisait écho.
Sept heures et demie -je rentre. Nous soupons -triste soirée. Papa veut à tous prix se rendre à Casone pour servir les rations malgré tous les conseils et recommandations.
Neuf heures – dehors tout est illuminé par la clarté lunaire. Les grandes personnes causent, les jeunes aussi, on entend des éclats de voix, des rires…

Lundi 20

Journée d’inquiétude, d’angoisse terrible en pensant à papa -mélancolie. A sept heures, retour de papa -tranquillité. Narration de tout ce qui se passe sur les collines d’en face. Patrouilles de tous côtés, soit italiennes, soit allemandes. Les Allemands ont permis aux paysans de se rendre à Maison Pieraggi pour se faire servir.
Neuf heures – bonne soirée à la maison avec maman, Marcel, Lila, Etienne – réussites, etc. Maman prépare le gâteau, nous raclons les casseroles. A minuit nous nous décidons enfin à dormir.

Mardi 21

Bonne journée! On fête mes vingt ans. A sept heures, j’assiste à la petite messe. Neuf heures – je vendange chez Lila jusqu’à onze heures et demie.
Midi – repas. Nous étions douze : Pa, Ma, pépé, tata, Jeanne, le docteur, Marcel, Lila, Etiennette, Félix de Venaco et un copain. Menu: tomates à la mayonnaise, jambon, perdreaux en sauce, croquettes avec salades, fromages, fruit, tarte, un vieux champagne, café. Comme cadeau un billet de cinq mille. Admiration de tous. Discussion animée, bonnes rigolades et bonnes cigarettes. A trois heures nous sortons de table. Le docteur me dédie une petite poésie. Sur ce, nous sortons ; je vais chez Lila. Bons moments. Soir promenades : Souper ­veillée – rien de sensationnel à d’autres points de vue.

Mercredi 22

Vers trois heures on bombarde Pedicorte di Caggio17Le bombardement a fait 9 morts et de nombreux blessés. De la fenêtre nous avons assisté au triste spectacle. Puis les cinq avions se dirigent à une vitesse vertigineuse sur Pietroso. Un moment nous avons cru que c’était notre tour. Nous avons passé, ou du moins j’ai passé, et je crois qu’il en a été de même pour les autres, un mauvais quart d’heure.

Jeudi 23

Des Français passent à Pietroso. Une petite patrouille de huit ou dix. C’est le Bataillon de choc – Hum! – des durs. Au café, on leur donne à boire, Pà offre des cigarettes, Mme G. du raisin. Très sympa tous !
Le soir à trois heures, les mêmes repassent pour se rendre du côté de Salastraco dirigés par Félix et H18A Vezzani, une unité du Bataillon de Choc renforcée par des patriotes de la région, tend une embuscade et exécute un coup de main sur Pietroso », cf Livrelli, L‘occupation italienne en Corse, édition Paul Fieschi.. Un sergent perdu en route passe la soirée chez nous, dîne, discute et nous dit qu’à minuit des grenades seront jetées un peu partout sur les lignes ennemies.
A minuit nous sommes montés au-dessus du village pour mieux voir le camp d’aviation, dans l’espoir de voir sauter quelques bombes. Rien! Le coup de main des Français n’aurait-il pas réussi19Le 23 Septembre, le sergent Gauthron attaque la nuit un dépôt de vivres et de munitions près de Salastraco. Bilan: 5 Allemands hors de combat. Le même jour, l’adjudant Dommaget attaque de nuit à Maison Pieraggi un bivouac allemand. Une quarantaine de grenades incendiaires sont jetées sur les tentes: 30 Allemands sont hors de combat… ». Cf. Général Gambiez, La libération de la Corse. Ed. Hachette..

Vendredi 24 et Samedi 25

Rien de sensationnel. Le vingt cinq au soir sommes allés à Vezzani, H., Pierrot, Marcel, Bernard, Lila et moi. Pour la première fois je voyais les deux ponts détruits. Pierrot nous a fait bien rire avec son vélo de cinq générations.

Dimanche 26

Assez sombre. Messe ; à midi papa a déjeuné chez la famille nombreuse. Le soir, tonton et Bernard ont soupé chez nous.
Soir – bonne promenade malgré le temps couvert. Dans l’après-midi, M. C. qui se trouvait à Casone, arrive tout essoufflé en disant qu’une mine avait sauté sur la route en montant et M. B. [vraisemblablement Henri Bove de Saint’ Antonu di Ghisonaccia] qui se trouvait avec lui a eu la jambe coupée. Affolé, n’ayant rien pour le soigner, il a couru pour demander secours. Hélas! M. B. avait succombé quelques instants après [en fait, le lendemain].

Lundi 27

Papa se rend à Maison Pieraggi malgré le danger des mines invisibles. Terrible inquiétude. Vers cinq heures, il nous revient sain et sauf. Grand soulagement. La Vierge a bien exaucé nos prières. Mais que de tristes choses il nous raconte. M. Fratani, François Luciani, Pascal et Antoine, inquiets au sujet de M. B. et Calzaroni, partent. Ils arrivent à l’endroit où le corps de M. B. gisait par terre. Prenant toutes les précautions, ils jettent une couverture sur le pauvre corps et rejoignent Maison Pieraggi. Au retour, passant exactement par le même chemin, une mine saute les projetant tous les trois à quelques mètres. François est tombé raide mort -M. Fratani évanoui -Pascal blessé à la gorge -Antoine indemne. Ces deux derniers, croyant les deux autres morts, repartent annonçant la triste nouvelle. Mme Fratani désespérée s’engage toute seule pour retrouver son mari abandonné. Et tout à coup elle le voit revenir vers elle, couvert de sang. Revenu à lui, il s’était traîné jusque là. Aussitôt on le transporte dans sa chambre. Blessures effroyables. La poitrine traversée de part en part.

Tous les soins possibles lui ont été donnés. Papa le quitte dans l’après midi. Son pouls était à peine perceptible, son regard devenait trouble. A cette heure-ci son âme se sera peut être envolée ? Que Dieu la reçoive dans son Paradis, ainsi que celles des autres décédés. Dans la même soirée, le docteur est demandé d’urgence. M. F. de Saparelli travaillant aussi dans le maquis a été blessé de la même manière, un éclat dans l’épaule. Que d’accidents parmi les civils. Ah ! Parlons-en des boches. Quelle sale race ! Attaquer ainsi les populations civiles n’est autre que de la pure méchanceté. Oui ! Ils ont bien débarrassé la plaine en nous quittant, mais qu’ont-ils laissé derrière eux ? Ils ont tout miné. La route est complètement détruite et remplie de mines, le maquis même, les maisons de Quinzena. Non seulement ils ont mis tout sans dessus-dessous, détruit tous les meubles. Il [leur] a fallu mettre des mines aussi sous les lits, les tables ! Et c’est avec ça, cette pourriture de genre humain que papa Pétain voulait la collaboration? Loin de nous ces gens ignobles. Quand donc seront-ils tous anéantis ?

1er et 2 octobre

Les bersaglieri se sont installés à Pietroso. Le lieutenant est ce rouquin qui se trouvait également là le soir de la fameuse débâcle. Très sympa au début, il nous a fallu discuter quelques minutes avec pour que nous ne puissions même plus supporter sa présence ici. Fasciste dans l’âme, impoli, rageur, il se permet de critiquer la Corse et les Corses. Les Corses nous sommes des bâtards, ignorants et sauvages. Quant à notre Ile de Beauté, pensait-il, elle devait être ensevelie sous l’eau. Bien sûr! Pour ces beaux « Lucs », ce serait préférable; elle ne sera jamais à eux. Et ce sera trop rageant [pour eux] de la voir se dessiner juste en face sans y mettre la patte. Ce rouquin mis à part, les soldats sont fort sympathiques. Entre autres trois d’entre eux, dont un cause mieux français qu’italien. Au bout de quelques jours, nouvel accident par les mines : trois morts. Le lendemain, les autres lèvent les voiles. Pietroso retombe dans son silence, mais pas pour longtemps.

5 Octobre

Enfin nous parvient la grande nouvelle : les combats sont terminés. Bastia est à moitié détruite2080 immeubles détruits et 655 sinistrés sur les 744 que comptait la ville, soit 3 471 des 8 000 appartements mais c’est le prix de la libération totale. Victoire !

Dimanche 10 octobre

Je monte à Vezzani avec Lila. Aux deux ponts, grand remue-ménage. Des Italiens qui les réparent et des Américains qui passent en moto. Un officier anglais nous salue et nous parle en français. Bon sourire. Nous méfiant un peu des Américains, nous filons sans trop nous attarder à leur sourire. On nous les avait décrit comme entreprenants et autoritaires. Au retour, grande surprise! Les Américains sont à Pietroso. Bien sûr, la réception fut autre que celle des «Lucs ». De tous côtés on leur distribuait des sourires. Eux, parlant très vite, installaient leurs tentes sous les regards réjouis des enfants et des grandes personnes. Quelques uns affables ont vite distribué des chewing-gums, des galettes. D’autres, dépaysés sans doute, se rasaient dans un coin ou discutaient entre eux.

Ma première impression ne fut pas des meilleures. Ne comprenant rien à leur charabia, les voyant assez indifférents ou même quelques fois trop aimables. Le soir après souper – grande animation sur le boulevard. Soirée épouvantable. Grande discussion au sujet des filles causant aux «Lucs », avec Angèle, Lila, Marcel, Bernard et moi. Quelle rage! Vers dix heures, il commence à pleuvoir. Nous rentrons. Toute la nuit un vrai déluge. Le lendemain, trempés, les Américains ne peuvent partir au travail. Papa les loge soit en classe, soit à Canale, soit chez Mme G. Trois chez nous dans le couloir : Jack Robinson, Blankenship et Cosey. Grande émotion, grande tristesse; le groupe des démineurs, composé d’Italiens et des Américains a subi des pertes. Nous apprenons bientôt qu’il y a des blessés, mais hélas, deux morts: un Italien et le jeune et sympathique J. Robinson qui avait passé la soirée chez nous.

Dimanche 17

Messe à dix heures, rencontrons quelques soldats. Nos préjugés ne sont pas fondés, à part quelques excès d’eau-de-vie… Ils sont très sympathiques et chacun profite de leur présence: les enfants du chewing-gum ; nous les jeunes, découvrons les Lucky Strike. Ils ont confié à quelques « panatere » [boulanger] d’ici le soin de faire fabriquer leur pain avec une farine d’une blancheur dont nous avions perdu le souvenir. Ce qui surprend, c’est leur étonnement et leur plaisir à découvrir des pains dorés cuits au feu de bois. Mais il est vrai que près du vieux four, le temps de la cuisson apporte un régal dont nous avions oublié le charme.

20 octobre

Surprise! Le général Giraud fait une halte ici, surveillant les convois qui descendent vers Ghisonaccia. Quelle discrétion, mais aussi quelle solitude pour le grand chef de nos armées! C’est troublant.

Fin Octobre

Il pleut abondamment depuis plusieurs jours… A commencé le va-et-vient interminable des camions et engins qui mettent en place les terrains d’aviation de Ghisonaccia et d’Aghione21. La Corse libérée, les Alliés y installent et/ou réaménagent 17 camps d’aviation. Les Américains la baptiseront USS Corsica, selon la dénomination des bâtiments aéronavals américains (22). Troupes françaises, américaines, anglaises… défilé incessant bruyant et réconfortant. Et pourtant la mobilisation commence… Tous les jeunes sont partis s’engager, les moins jeunes sont rappelés et rejoignent l’Afrique du Nord. Peu à peu le village se vide de ses hommes. Combien reviendront ? N’oublions pas la saignée de 14-18. Que Dieu les prenne sous sa Sainte garde, que Saint Laurent [Le Saint patron du village] les protège dans les combats qui vont les amener à prendre part à la libération de la Patrie !

Copyright ANACR 2A 2020   |   Administration

Site de l’ANACR 2B |Site du Musée de Zonza