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La bataille de Quenza

Si les Allemands ne tiennent pas le carrefour de Levie, ils ne pourront pas se maintenir à Quenza, village de montagne (altitude 759 mètres), où les S.S. ont un dépôt considérable: ravitaillement, carburant, munitions, atelier de réparations et hôpital. Le dépôt est protégé par de nombreux nids de mitrailleuses et deux pièces d'artillerie.

Le 10 septembre au matin, les comités du Front National de Serra et Quenza font barrer la route, couper les fils téléphoniques et abattre les poteaux. Le 11, un convoi se dirigeant sur Zérubia est attaqué. 
Aucun convoi ne pourra plus atteindre Quenza.
La tâche essentielle consiste à détruire ou à capturer le dépôt. Des foyers d'incendie sont allumés au maquis. Les Allemands font sonner le tocsin pour rassembler la population. Au lieu d'éteindre le feu, on l’active. Le dépôt est atteint. Il flambe. Pendant quatre heures les détonations se succèdent. 200 tonnes d'explosifs sautent. 
Les huit groupes de patriotes de Quenza (quarante-trois hommes) reçoivent du renfort: de Serra-de-Scopamena, de Zonza les francs-tireurs affluent. De San Gavino-di-Carbini, cinq groupes du Front National arrivent, guidés par le commandant Pietri, sous le commandement de César Lanfranchi.
Malgré un armement insuffisant, les patriotes veulent capturer les  nazis découragés.
Ils réclament le concours de leur artillerie aux Italiens d’Aullène qui refusent d’abord, hésitent, et enfin se décident sur l’insistance des patriotes de Serra. 
«Le 15 septembre, pleins d'ardeur, mes camarades font leurs ultimes préparatifs, écrit ]ean Pietri responsable du Front National de Quenza. Les jeunes sont déchaînés. L'occasion tant attendue est offerte. Les yeux brillent. Au pas de course nous nous dirigeons vers le village. La crête qui le domine est atteinte.

Un groupe de S.S. tête de mort se montre. Notre fusil-mitrailleur entonne son chant de mort. Des S.S. tombent, les autres reculent. Nos francs-tireurs progressent. Les rafales font rage. 
Les munitions s'épuisent. Si nous allions en manquer ? Une accalmie s’est produite. Tout à coup, sur le château de Campu-Longu apparaît le drapeau blanc, le drapeau des vaincus. Nous franchissons vite  la distance qui nous sépare du camp. Le désordre est indescriptible. L’ennemi est là. D’aucuns tête basse, les bras en l’air :" Kapout." (...) Avec l'aide des Italiens, ils seront désarmés et rassemblés. Nous en comptons 126. L'hôpital en abrite 97, y compris le personnel sanitaire. Soit au total plus de 200 prisonniers qui seront dirigés sur Ajaccio. Le butin est considérable : vivres, matériel auto;, armes, munitions, réserve d'essence (qui malheureusement sera presque complètement détruite par les Italiens sur un faux renseignement -plus de 100 000 litres). Il est à regretter que ce butin n'ait pu être ramassé comme il faut. Les Italiens donneront l'exemple du pillage et par la suite l'ordre ne put être ramené.

Les armes jonchent le sol. Pas un patriote n'a été touché. Dix ennemis tués, deux cent vingt-trois prisonniers et un butin considérable. Aux fenêtres de Quenza, les drapeaux français claquent. Les cloches à toute volée chantent la victoire.

Maurice Choury. 
Tous Bandits d'honneur. Ed. Piazzola 2011. p.152
Posté par antoine