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Actualités Cérémonie. Hommage à D. Casanova

10 mai 2024
9 mai 1943-9 mai 2024. 81ème anniversaire de la mort de Danielle Casanova. La cérémonie s’est déroulée au pied de l’immeuble où est née l’héroïne et martyr de la Résistance, en présence des autorités civiles et militaires. Allocution prononcée par Mr Jean Alesandri, membre de l’ANACR 2A
Portrait. Dessin de G. Gosselin
Dessin. Portrait de Danielle Casanova. (G. Gosselin)

« Sur le parcours de Danielle, tout ou presque a été dit ou écrit : sa liberté de jeune fille moderne, puis d’étudiante avec son engagement d’abord aux Jeunesses communistes puis au Parti communiste où elle devient la porte-parole des femmes, avec notamment l’Union des Jeunes Filles de France, enfin son entrée en résistance active, son arrestation, sa déportation à Auschwitz, son inlassable activité de médecin au revier, l’infirmerie du camp où elle meurt du typhus en mai 1943. Elle avait 34 ans.

« Je n’aborderai donc pas ce parcours que nous connaissons bien. Ce soir, mon propos s’intitule : « La Marseillaise de Danielle »

« En ce mois de janvier 1943, par un froid glacial, Danièle arrive devant le sinistre camp d’Auschwitz, après les très dures épreuves de l’arrestation, des interrogatoires, de la captivité en France et de l’atroce voyage à travers l’Europe. Elle comprend tout de suite que le pire est à venir. Alors, tandis qu’elle traverse la vaste place d’appel du camp, elle entonne, avec les compagnes d’infortune de son convoi, une vibrante Marseillaise. Cet événement, car c’en est un, a un retentissement considérable parmi les déportées des différentes nations et les SS, surpris, prendront ensuite toutes les mesures pour que cela ne puisse se reproduire. Certaines déportées qui ont eu la chance de survivre à l’enfer en parleront encore bien des années plus tard. Pourtant, la grande majorité des détenues présentes ce jour-là dans la sinistre cour n’étaient pas françaises et ne comprenaient pas les paroles chantées.

9 mai 2024. Jean Alesandri prononce l’allocution en hommage à D. Casanova

« Je me suis interrogé sur cette réalité. Que savaient ces femmes et qu’ont-elles compris de ce chant ?  Que représentait pour elles la « Marseillaise de Danielle » ? Les paroles leurs étaient sans doute inconnues, au mieux mal connues. En revanche, cette musique- là, elles la connaissaient bien cette musique, celle qui, comme l’a dit le Poète : « aux peuples étrangers donnait le vertige ».  Et qu’évoquait-elle à leur esprit ? En l’écoutant, ce sont certainement les paroles suivantes qu’elles entendaient : « Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ».

« Oui, elles entendaient certainement les termes de l’article 1 de la « Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen » de 1789, et plus largement les grands principes fondateurs de cette déclaration, en particulier la liberté et la résistance à l’oppression. Oui, dans leurs sinistres vêtements rayés, ces femmes affamées, humiliées, désespérées, véritables squelettes vivants, entendaient le message de Danièle : message d’espoir, de dignité, d’égalité, de liberté et de résistance à l’oppression terrible qu’elles subissaient. Un message UNIVERSEL, qui parle immédiatement au cœur et à l’esprit. Et dans ce lieu et le contexte de l’époque, s’adressant à toutes ces femmes, il ne pouvait être que cela. Et plus que cela même car il disait aussi clairement aux bourreaux : vous ne nous briserez jamais ! Ce message de 1789, c’est celui de l’abolition des privilèges, de l’égalité des droits, de la liberté d’opinion, de penser et de s’exprimer, de croire ou de ne pas croire, de pratiquer le culte de son choix sans l’imposer aux autres, de donner son avis par le vote, de refuser l’arbitraire. Celui de considérer chaque Homme, au sens générique, comme un être libre et digne, respectueux de lui-même et tout autant des autres. Oui, affirmons-le ici encore aujourd’hui, la « Marseillaise de Danielle » est bien un chant UNIVERSEL. D’ailleurs trois exemples concrets nous le rappellent :

Fin de la cérémonie. le salut des autorités
  • Paris. L’ambassadeur de la jeune Union Soviétique se présente au Président de la République. La garde républicaine joue l’hymne national français. Le protocole veut qu’il soit suivi de celui du pays de l’ambassadeur présentant ses lettres de créances. Mais silence gêné du chef du protocole. L’hymne soviétiqueest encore un hymne officieux, injouable dans une cérémonie officielle. « Pas de problème, répond l’ambassadeur, rejouez La Marseillaise, cela convient très bien ».
  • 1931 Séville ; Après la victoire du Frente Popular, la république est proclamée en Espagne. Le grand poète de Séville, Machado, est à la mairie. Il fait hisser le nouveau drapeau de la république. Mais l’hymne national n’a pas encore été créé. Machado demande alors à la fanfare municipale de jouer La Marseillaise.
  • Mexique. Au retour de son voyage au Mexique Jean Ferrat raconte à son ami Michel Drucker l’histoire suivante : « Parti visiter une communauté paysanne, le 14 juillet, je découvre un village décoré de fleurs, de guirlandes de fanions et de drapeaux ; des drapeaux mexicains mais les plus nombreux sont les drapeaux français. Je fais remarquer aux villageois que leur fête communale a lieu le même jour que la fête nationale en France. Réponse : « Nous ne célébrons pas la fête du village mais celle de la Révolution et de la République. Françaises ». A ce moment, débouche sur la place la fanfare du village. Et devinez ce qu’elle joue …

On pourrait multiplier ces exemples. ! Oui, réaffirmons-le, cette Marseillaise universelle est bien la « Marseillaise de Danielle » chantée la 27 janvier 1943 à Auschwitz, en prenant tous les risques. Une Marseillaise chère à nos cœurs, appréciée partout dans le monde pour les belles valeurs qu’elle véhicule. Oui, encore aujourd’hui, cette « Marseillaise de Danielle » nous oblige. Dans 78 jours, nous aurons l’occasion de l’entendre, et le monde entier l’entendra avec nous ; très souvent, je l’espère, Et dans quelques instants, elle retentira ici, à Ajaccio, en hommage à la grande dame que nous honorons aujourd’hui. Alors lorsque la musique s’élèvera, fermons les yeux. Je prends le pari que nous verrons Danielle, traversant la cour d’Auschwitz tête haute en chantant sa Marseillaise universelle.

Jean Alesandri

Lien :

Furiani, La Marseillaise à contre-coeur – ANACR 2A (resistance-corse.asso.fr)

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