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BiographiesEvénements ALESSANDRI François

18 avril 2024

Né le 05/04/1901 à Piana, décédé le 04/12/1994 à Ajaccio

François Alessandri a fait partie du réseau de résistants constitué par les premiers agents de la mission Pearl Harbour déposés sur la terre corse par le sous-marin Casabianca. Il a ainsi participé notamment à la réception de la première importante réception d’armes sur la plage d’Arona le 6 février 1943, lors du deuxième « toucher » clandestin du submersible : 4.500 mitraillettes Sten et 60.000 cartouches débarquées par le sous-marin.

François Alessandri, dit « Che » (diminutif de Franceschu > Cechu > Che) est né à Piana dans le canton des Deux Sevi. Son père, Antoine Alessandri est berger dans le canton, et sa mère Madeleine Alessandri est femme au foyer. Jeune, il s’engage dans l’armée puis revient dans son village. A partir du 8 novembre, 80 000 hommes des troupes italiennes occupent la Corse, particulièrement les côtes gardées par les costieri. Ils sont nombreux dans la région de Cargèse : deux milliers d’hommes dont plus d’un demi-millier dans le village ; mille cinq cents d’entre eux surveillent la plage de Chjuni, au nord du village. Ils sont présents aussi à Piana. Le 16 décembre, quelques jours après le premier « toucher » du sous-marin Casabianca à Topiti, François Alessandri est contacté par des personnes du village de Marignana distant de 20 km, notamment par les familles, Nesa et Antonini, qui lui apprennent que quatre agents sont venus d’Alger afin de préparer un prochain débarquement des troupes militaires françaises. François Alessandri regroupe plusieurs villageois sur Piana pour s’associer à ce réseau d’entraide.

 A la réception des armes débarquées le 6 février 1943 par le Casabianca sur la plage d’Arone.

Début janvier 1943, chez la famille Stefanaggi, une réunion a lieu pour préparer un « toucher », son deuxième après Topiti, du sous-marin Casabianca qui va débarquer des agents et un important stock d’armes et munitions. Ce sera à Arone, au sud de Piana. Sont présents, trois responsables de la résistance insulaire (Arthur Giovoni, Nonce Bienielli et Jean Nicoli) et sept hommes débarqués à Topiti, à la mi-décembre, par le sous-marin Casabianca : quatre agents de la mission Pearl Harbour (Roger de Saule, Laurent Preziosi, Pierre Griffi et Toussaint Griffi) et trois sous-mariniers qui à cause de l’état de la mer, n’avaient pas pu retourner à bord (L’enseigne de vaisseau Georges Lasserre, Jean Lionnais, quartier maître 1 et Pierre Vigot, quartier maître 2, timonier).

S’ensuit, les premiers jours de février, une réunion dans la bergerie de la famille de Charles Nesa, le lieu-dit « U Solognu, ».  Alessandri y est convié. Il retrouve notamment Pascal Versini, Benoît Versini et Jean Alfonsi. Cette réunion a pour objet l’organisation de la réception du Casabianca sur la plage d’Arone et la distribution des armes et munitions qui seront livrées.  Venus d’Ajacc

Monument d’Arone en souvenir du débarquement du sous-marin Casabianca

io, Jean Nicoli, François Carli, André Giusti, André Bozzi, Toussaint Griffi et Laurent Preziosi rejoignent Piana avec une grande voiture à Gazogène. A l’issue de la réunion, la décision est prise selon les indications des locaux de constituer trois groupes qui emprunteront des sentiers différents pour rejoindre la plage avec des mulets parce que l’accès à la plage est escapré. Chaque groupe aura pour guide un résistant local qui connaît bien ces sentiers. Ainsi, les Pianais François Alessandri et Jean Alfonsi guideront l’équipe ajaccienne de Jean Nicoli. Charles Nesa, lui, par un autre sentier, conduira de Saule, Toussaint Griffi et Laurent Preziosi. Quant à Benoît Nesa, il prendra la tête du groupe des sous-mariniers. Tout le monde doit se retrouver dans une maisonnette près de la plage, « A Martinella ».

Le 6 février à 1 h. du matin, Alessandri arrive sur la plage avec son groupe et voit le commandant de Saule déjà en discussion avec quatre hommes qui s’étaient cachés dans le maquis tout proche. Il apprend qu’ils ont été mis à terre la veille depuis sous-marin Casabianca, soit le 5 janvier, un jour avant la date prévue. Parmi les quatre hommes débarqués du sous-marin, deux sont des sous-mariniers :  Paul Asso, quartier-maître, et Robert Cardot, matelot mécanicien ; leur embarcation s’étant ensablée lors de leur débarquement sur la plage et ils n’ont pas pu retourner sur le sous-marin. Les deux autres hommes sont des agents de la mission Pearl Harbour : Il s’agit de l’adjudant-chef, Michel Bozzi et son radio opérateur Jean Chopitel, dit Tintin, venus renforcer l’équipe de la mission sur le sud de la Corse.

Selon les hommes débarqués, le sous-marin va revenir le lendemain, 7 février (nuit du 7 au 8), pour livrer les armes et munitions. Dans l’attente, tous repartent s’abriter dans la maisonnette de berger, « A Martinella », sans savoir que tôt durant cette nuit du 6 au 7 février, le Casabianca va refaire surface pour convoyer vers la plage 450 mitraillettes et 60.000 cartouches. Personne n’étant à la réception, alors la livraison est camouflée sous des feuillages. Vers 3 heures du matin, le 7 février donc, les hommes qui attendent dans la maisonnette retournent sur la plage et y trouvent les armes et munitions débarquées quelques heures auparavant.

La répartition des armes, l’hébergement des nouveaux venus dans plusieurs régions.

La décision est prise d’acheminer rapidement la livraison vers d’autres lieux, et avant l’aube, tout est mis à l’abri du regard de l’occupant, toute trace du débarquement effacée avant l’aube. François Alessandri et les deux autres pianais remontent en déposer une part importante dans la bergerie des Nesa ; elles sont destinées aux résistants locaux. Ils redescendent afin d’aider les hommes restés en bas. Ils leur apportent des provisions alimentaires : charcuterie, fromage, pain. Nicoli et Giusti ont réussi en un temps record à trouver une camionnette à double fond pour distribuer une partie des armes aux résistants de la région Sainte Marie Siché et Petreto-Bicchisano. François Alessandri, en accord avec d’autres résistants de Piana et Marignana, trouve plusieurs caches pour minimiser les risques de découverte des stocks d’armes par l’ennemi.

La plaque apposée sur le monument d’Arone en souvenir du débarquement du sous-marin Casabianca, les 5 et 6 février 1943

La bergerie des Nesa abrite des armes et une vingtaine de personnes : tous les agents de la mission Pearl Harbour, les cinq sous-mariniers, la famille Nesa, et quelques résistants de la région qui se relèvent pour les gardes. Un vrai réseau de résistance se constitue avec le commandant de Saule et Pierre Griffi restés sur place pour les émissions radio et l’organisation du groupe de résistants dans la région des Deux Sevi. Le 2 avril 1943 depuis la colline qui fait face à la bergerie, Benoît Nesa repère à temps des soldats italiens et à l’arrivée des soldats italiens il crie la consigne : « les cochons sont dans les amandiers ». Le refuge est immédiatement abandonné. Personne n’est arrêté mais tous prennent le maquis.

Les chemises noires parviennent toutefois à arrêter Pascal Versini et Jean Rossini. Les autres, François Alessandri et son fils, Baptiste, Antonarello, les frères Nesa, Xavier Bazziconi et Benoît Versini échapperont aux Italiens une seconde fois au cours de l’assaut de Cristinacce (au pied du col de Sevi sur un mamelon rocheux à 850 m d’altitude). Comme Pierre-Marie Versini, Jean Alfonsi, Xavier Bazziconi et Jean Giromini, Alessandri « Che », est condamné par contumace par le Tribunal militaire italien ; pour lui : 24 ans de réclusion. Jamais arrêté, il sortira du maquis à l’annonce de la capitulation italienne et de l’appel à l’insurrection, le 9 septembre.

Après 1945, Il entame une longue carrière dans l’administration communale jusqu’à sa retraite. Il devient le 1er adjoint du maire de Piana, Jean Alfonsi puis de son fils Nicolas Alfonsi. François Alessandri sera décoré de la légion d’honneur. Elle lui sera remise par Laurent Préziosi, officier de la légion d’honneur lors d’une réception à la mairie de Piana en présence de Nicolas Alfonsi, maire de Piana (1962-2001) député (1981-1988) puis sénateur (2001-2014). Une plaque sur le chemin de remontée de la plage d’Arone atteste de sa participation à la prise en charge des caisses d’armes livrées par le sous-marin Casabianca, le 6 février, avec les noms de tous les résistants qui sont intervenus sur cette plage.

Décorations connues : Carte de combattant, Chevalier de la légion d’honneur.

Georges Preziosi.

Sources : Première mission  mission en corse occupée. Laurent Preziosi et Toussaint Griffi ». Ed. L’Harmattan.
Et la Corse fut Libérée. Paul Sivani. Ed.
Tous bandits d’honneur. Maurice Choury. Ed. Piazzola.

LIENS : Nicolas Alfonsi<br>Pendant le débarquement plage d’Arone (france3.fr)

Charles Nesa<br>L’aide au débarquement sur la plage d’Arone (france3.fr)

 

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