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Biographies RUGANI-ROSSELINI Eugénie

25 mai 2021
Eugénie RUGANI-ROSSELINI

Déportée dans les Camps nazis pour son action dans la Résistance, Eugénie Rugani, épouse Rosellini, est née à Pinu, dans le Cap Corse, au moment de la première Guerre Mondiale. Elle était issue d’une famille nombreuse – six enfants – et d’un milieu très défavorisé. Son père et sa mère étaient journaliers, au service des grands propriétaires terriens du village. A Pinu, dont le territoire est jalonné de vastes tombeaux, de tours et d’un château, la famille Rugani n’avait pas même quatre murs à elle ni un lopin de terre lui appartenant en propre. Confrontés à une grande misère, les parents d’Eugénie avaient accepté de la confier, à huit ans, à des notables bastiais, qui proposaient de lui offrir le gite et le couvert et d’assurer son éducation, grâce à une préceptrice, à charge pour elle de s’occuper de leurs deux petites filles. En fait elle était devenue une esclave domestique… Révoltée contre cet asservissement, elle a « pris le maquis » à l’occasion de son premier retour au village pour un bref repos, et ses parents n’ont plus accepté qu’elle reparte chez ces Thénardier locaux ! Cet épisode a forgé, chez la petite fille, une conscience de l’injustice sociale et un désir de la combattre qui ne l’a plus jamais quittée.

Partie à Marseille à 12 ans pour vivre avec sa sœur, qui était femme de chambre chez les Carlini, une autre grande famille de notables capcorsins, Eugénie s’est mariée très jeune, à 16 ans, avec un militant communiste, François Rosellini, issu d’une famille d’origine italienne. Devenue mère dès 17 ans, elle a eu un second enfant quatre ans plus tard, mais a remis en question son statut de mère au foyer dès l’Armistice de juin 1940, l’Occupation et l’arrivée au pouvoir de Pétain, qui a instauré la Collaboration. Avec son époux, elle a tout d’abord hébergé dans leur maison d’Eoures, des militants communistes traqués par le régime de Vichy puis est devenue agent de liaison d’une Résistance « rouge », dans la région marseillaise. Quand les Allemands ont envahi la « zone libre » et que les FTP, l’organisation armée de la Résistance communiste, fondée par Charles Tillon, s’y est ancrée, Eugénie y a adhéré et a effectué des missions plus lointaines, la conduisant jusqu’à Lyon.

Au printemps 1943, alors que son époux avait pris le maquis, elle a accepté, à la demande de l’Etat-Major FTP, de partir vivre à Lyon, l’une des zones les plus dangereuses de l’Hexagone pour les Résistants et pour les Communistes. La ville concentrait en effet une importante garnison SS, où officiait Klaus Barbie, et une forte implantation de la Milice Française l’organisation fasciste fondée par Joseph Darnand. Eugénie est pour sa part devenue l’agent de liaison de Francisque Jomard, dit Valbonne, l’un des responsables du Comité Militaire de la Zone Sud : c’était l’une des structures les plus exposées de la Résistance communiste, avec les ftp Moi, l’organisation regroupant les Résistants d’origine étrangère.

Carte Résistante, déportée.
E. RUGANI ROSSELINI Carte de Résistante et déportée.

Quand Eugénie a choisi de rentrer totalement dans la clandestinité – sous le pseudo de « Josette » – elle a dû se séparer de ses deux petites filles, de 9 et 12 ans, pour des raisons de sécurité. C’est la seule Résistante corse mère d’enfants encore très jeunes, qui a rejoint totalement l’Armée des Ombres et été contrainte à se séparer de sa famille au vu des implications de la lutte armée. Le 14 mai 1944, elle a été arrêtée dans le cadre d’une vaste rafle organisée contre son mouvement par Klaus Barbie. Incarcérée à la prison de Montluc, à Lyon, elle n’a livré aucun nom de son Réseau. Ses camarades masculins ont été torturés et fusillés, pour une partie d’entre eux. Les autres ont été déportés, comme elle. Après Ravensbrück, elle a été envoyée au Camp de Watenstedt, dans une usine d’armement où elle a fait du sabotage, avec ses camarades.

Le 14 avril 1945, alors qu’elle avait été ramenée à Ravensbrück, elle a fait partie d’un contingent de déportés libérés dans le cadre d’accords conclus entre Himmler et le vice-Président de la Croix-Rouge suédoise. Elle a ensuite été évacuée sur la Suède et n’a pu revenir en France que le 7 juillet 1945. Elle n’a jamais revu son mari, mort en déportation.

Après la guerre, elle a continué à militer au Parti Communiste et lui a été fidèle jusqu’au bout. Remariée avec un militant du PCF elle a eu deux autres enfants, qui vivent dans l’Hexagone. Ses deux filles aînées sont décédées aujourd’hui. Elle a pour sa part quitté ce monde an 2011. Elle est inhumée à Pinu, comme elle l’avait expressément demandé. Sa sépulture rappelle sa déportation et ses décorations. Elle était notamment titulaire de la Légion d’honneur, obtenue à Marseille en 1984. Elle n’avait jamais demandé une quelconque reconnaissance. Elle a accepté cette distinction parce qu’elle lui a été décernée sous un gouvernement de Gauche, et par un Résistant et déporté communiste.

C’est Jackie Poggioli qui a retrouvé en 2015 le dossier de cette héroïne discrète et si oubliée, évoquée en mai 2021 par la réalisatrice de ViaStella dans un documentaire intitulé « Partigiana » … avec un a, le féminin singulier d’un nom faisant référence, en italien, aux Résistant.e.s communistes.

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