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Pages d'histoire La mission Sea Urchin

29 novembre 2019

Terry Hodgkinson qui avait dĂ©jĂ  livrĂ© une histoire de la mission FrĂ©dĂ©rick, “La mission oubliĂ©e”, rend compte ici de son travail de recherche, aux archives de son pays, en Angleterre, sur la mission Sea Urchin placĂ©e sous les ordres de Fred Scamaroni. Nous publions, avec son aimable autorisation, la partie qui traite de la mission.

Fred Scamaroni, l’homme idoine

A Londres, le Colonel PASSY, chef du Service Action du BCRA (Bureau Central de Renseignement et d’Action) de la France Libre, promut Fred Scamaroni, Ă  peine arrivĂ© de Vichy, au grade de capitaine et le brancha sur la section RF (Section Gaulliste de SOE). Un retour immĂ©diat en France aurait Ă©tĂ© une folie. On lui confia la tâche de briefer les nouveaux agents et d’interroger les nouveaux arrivĂ©s. Durant son temps libre, il pensait Ă  la Corse. II se demandait si le travail qu’il avait commencĂ© – Scamaroni s’Ă©tait dĂ©jĂ  rendu en Corse – progressait avec succès. Les rapports en provenance de Corse arrivaient avec une rĂ©gularitĂ© croissante. Scamaroni Ă©tait persuadĂ© que tĂ´t ou tard il y aurait un dĂ©barquement en Corse. Il n’avait aucune idĂ©e de ce que faisait la section F (la section française indĂ©pendante de SOE) mais il savait par contre que le Service Action des Français Libres n’avait aucun reprĂ©sentant direct du BCRA sur l’Ă®le. Qui Ă©tait mieux qualifiĂ© que lui pour y ĂŞtre envoyĂ© ?

Le 08 novembre 1942 eut lieu l’opĂ©ration Torch, le dĂ©barquement en Afrique du Nord, et dans les trois jours qui suivirent, toute la France mĂ©tropolitaine fut occupĂ©e par les Allemands. En Corse,  dĂ©barquent 80 000 hommes des troupes italiennes. L’ OVRA (Organisation Vigilance RĂ©pression Antifasciste), la police secrète Italienne, passait systĂ©matiquement l’île au peigne fin Ă  la recherche des opposants patriotes. Scamaroni insista pour qu’on l’ y envoie avant que tout ce qu’il avait mis en route ne soit dĂ©moli et dĂ©truit. Le 27 novembre 1942 Ă  Londres une rĂ©union se tint au quartier gĂ©nĂ©ral des Forces AlliĂ©es pour considĂ©rer les possibilitĂ©s d’action en Corse et en Sardaigne. Ces deux Ă®les avaient pris de l’importance après le dĂ©barquement en Afrique du Nord comme de possibles objectifs pour une invasion et comme des Ă©chelons pour progresser vers l’Europe du Sud. Jusqu’ici le SOE ne s’Ă©tait que peu ou pas du tout impliquĂ© dans l’une ou l’autre Ă®le : le quartier gĂ©nĂ©ral des Forces AlliĂ©es donna son aval Ă  la crĂ©ation pour le SOE d’un rĂ©seau, sans pour autant que la guĂ©rilla ne commence avant qu’une invasion ne soit prĂ©vue et une date fixĂ©e. Le SOE dĂ©cida d’installer un organisateur jouissant des facilites d’un appareil de TSF pour prĂ©parer des comitĂ©s d’accueil pour d’autres approvisionnements en matĂ©riel et personnel. L’objectif ultime du SOE Ă©tait de constituer de fortes forces de guĂ©rillas dont la principale tâche aurait Ă©tĂ© probablement de soutenir un dĂ©barquement alliĂ© en Sardaigne en neutralisant les camps d’aviation de l’Axe en Corse.

Objectif et mise en place de la mission

Dans une rare dĂ©monstration de coopĂ©ration entre la section gaulliste RF et la section F du SOE, il fut dĂ©cidĂ© de monter une opĂ©ration conjointe, formule qui ne fut jamais plus reprise. La section F collabora avec des rĂ©sistants potentiels qui, pour une raison ou une autre, ne dĂ©siraient pas coopĂ©rer avec De Gaulle. Elle passa ensuite sous l’influence du gĂ©nĂ©ral Giraud que Roosevelt prĂ©fĂ©ra Ă  De Gaulle. Les gaullistes choisirent Scamaroni pour diriger la mission. On devait lui adjoindre un opĂ©rateur radio choisi Ă©galement par la section RF. Il [De Gaulle] Ă©tait arrivĂ© Ă  ses fins.

Après le dĂ©barquement Torch, le SOE avait installĂ© une base, la section AMF, en Afrique du Nord, sur une ancienne zone d’amĂ©nagement de villas privĂ©es ; plus prĂ©cisĂ©ment, au “Club des pins” Ă  Sidi Ferruch, situĂ© Ă  17 miles Ă  l’ouest d’Alger. La villa se composait de bungalows sur un Ă©tage, avec une vaste salle Ă  manger, le tout au milieu de dunes de sable, dans un espace d’une centaine d’acres, limitĂ© par des barbelĂ©s. Le but Ă©tait d’y entraĂ®ner les agents du technique, de la transmission sans fils, du sabotage, du parachutage et au maniement des canots en caoutchouc de dĂ©barquement. On donna plus tard, Ă  la base le nom de Massingham, celui qui en Ă©tait le responsable.

La mission de Scamaroni fut baptisĂ©e Sea Urchin (Oursin) OR DAB. Avec son opĂ©rateur radio, Scamaroni fut transfĂ©rĂ© Ă  Gibraltar puis Ă  Alger oĂą ils devaient rejoindre le commandant en second. L’Ă©quipe se dĂ©composait ainsi :

Organisateur en chef (provenant de la Section RF). Vrai nom: Godefroy François Scamaroni. Fausse identitĂ© : François SEVERI. Noms de code opĂ©rationnel: Flagfish (jusqu’au 30 novembre), puis Sea Urchin Major. Nom utilisĂ© en dĂ©placement sur le terrain: capitaine Sarment, officier français attachĂ© au War Office.
Fausse identitĂ© pour la Corse: Joseph Antoine Grimaldi, agent d’Assurance.

Commandant en second (provenant de la Section F du SOE). Vrai nom: James Anthony Jickell. Ne le: 22.06.1917. De père Anglais, de mère Française d’origine italienne, passa sa première enfance en Italie. S’établit dans le Sud de la France et entra dans les affaires du secteur agro-alimentaire. Rejoignit SOE en octobre 1942. Parle anglais, français et Italien. Nom de code: Publisher (Editeur). Fausse identitĂ© : AndrĂ© MEYNARD. Nom utilisĂ© sur le terrain: Ambroise.
Nom de code opérationnel (utilisé par les Français) : POT W

OpĂ©rateur radio (Provenant de la section RF). Vrai nom: Jean-Baptiste Hellier, sergent chef, nĂ© a Limoges le 01.09.1906. Profession: Installateur d’Ă©quipements de boulangerie. Adresse : 114, rue Messonier, Limoges.
Carrière militaire: appelĂ© en novembre 1926, caporal le 10 mai 1927, sergent le 11 novembre 1927, mobilisĂ© le 02 septembre 1939 au 307e rĂ©giment d’infanterie, fait prisonnier le 29 juin 1940 a Strasbourg, Ă©vadĂ© via la Russie. Autre identitĂ© : Lieutenant Henri.
Nom de code opérationnel : Sea Urchin Minor. POT W (utilisé par les Français) Henri.

Ainsi se composait l’Ă©quipe qui devait s’infiltrer en Corse. On avait prĂ©vu que Scamaroni serait rappelĂ© après environ un mois et qu’un autre agent de RF, Gurnet, accompagnĂ© d’un opĂ©rateur radio, Mechanic, rejoindrait le groupe. Gurnet travaillerait avec Hellier et Jickell avec Mechanic. Les ordres que Scamaroni avait reçus de Londres Ă©taient très clairs. II devait unifier le mouvement de la rĂ©sistance en Corse, Ă©tablir le contact radio entre la Corse et Londres, procurer des armes Ă  la rĂ©sistance et organiser tous les groupes de rĂ©sistants gaullistes.

L’ arrivĂ©e en Corse

La BBC annonça l’arrivĂ©e imminente de Sea Urchin avec le message suivant : “Gaston a mangĂ© le saucisson et son ami viendra manger la coppa”. Gaston Ă©tait le nom de code de Colin, un jeune officier de liaison qui avait rejoint la Corse en juillet 1942 et en Ă©tait revenu sain et sauf.

Le 30 dĂ©cembre 1942, un sous-marin anglais, H.M.S. Tribune commandĂ© par le Lieutenant Porter, largua les amarres Ă  Alger et mit le cap sur la Corse. A son bord se trouvait Scamaroni, Jickell et Hellier. Leur bagage consistait en trois postes de radio, deux valises de vĂŞtements, trois caisses de matĂ©riel, un million de francs français, des armes blanches, des grenades et une bicyclette pliante. Tous les bagages avaient Ă©tĂ© emballĂ©s et “dĂ©guisĂ©s” pour ressembler aux rochers que l’on rencontre communĂ©ment le long de la cĂ´te corse.

Le premier janvier 1943, H.M.S.Tribune arriva au large de la Corse pour dĂ©couvrir qu’il y faisait un temps affreux et que la mer Ă©tait beaucoup trop agitĂ©e pour tenter un dĂ©barquement. Ce n’est que durant la nuit du 6 au 7 janvier que le Tribune fit surface dans la baie de Cupabia, Ă  20 miles au sud d’Ajaccio. Un autre point de dĂ©barquement avait Ă©tĂ© Ă©cartĂ© Ă  cause des projecteurs qui balayaient la plage. Scamaroni et ses deux camarades furent amenĂ©s sur le gaillard d’avant. Deux membres de la section navale du SOE les emmenèrent Ă  la rame jusqu’au bord. Ils les dĂ©posèrent sur une petite plage dĂ©serte près de U Scogliu Biancu (le rocher blanc). De retour a bord du sous-marin, ils rapportèrent que les agents avaient rejoint la terre ferme sans autre inconvĂ©nient que d’avoir les pieds mouillĂ©s. Ils Ă©taient seuls sur la plage, dans l’obscuritĂ© totale et sous une pluie battante.

Scamaroni Ă©tait impatient de rejoindre Ajaccio. Après avoir fait rĂ©pĂ©ter Ă  Jickell et Hellier l’adresse et le mot de passe d’une maison sĂ»re a Ajaccio, il les laissa cacher leurs Ă©quipements et se mit en route pour Ajaccio, moitiĂ© Ă  pieds, moitiĂ© Ă  vĂ©lo. Jickell et Hellier dissimulèrent les valises dans les broussailles et prirent Ă  pieds le mĂŞme chemin que Scamaroni Ă  travers le maquis tortueux. Que chacun arrive Ă  bon port tenait de l’exploit en soi. Scamaroni avança pĂ©niblement la moitiĂ© de la nuit avant d’atteindre la rivière Taravo. Complètement vidĂ© de ses forces il s’affaissa dans un fossĂ© et dormit jusqu’Ă  l’aube. Il arriva Ă  Ajaccio la nuit suivante et se rendit au domicile d’Archange RAIMONDI, nom de code “Rud”, propriĂ©taire d’une entreprise de camionnage, de deux cinĂ©mas Ă  Bastia, et d’un cinĂ©ma Ă  Ajaccio. Raimondi le reconnut Ă  peine avec sa moustache qu’il s’Ă©tait rĂ©cemment laissĂ© pousser, ses lunettes et son lourd manteau de cuir. Ils Ă©changèrent les mots de passe : pour Scamroni, “de la teinturerie”, pour Raimondi, “de Toulouse“.

Scamaroni dĂ©sirait se mettre au travail immĂ©diatement malgrĂ© son Ă©tat d’Ă©puisement Ă©vident, et Raimondi fit venir Vignocchi et Poli, des amis sĂ»rs. Ils parlèrent jusqu’aux premières heures du jour. Jickell et Hellier ne donnaient aucun signe de vie. Vignocchi et Poli partirent Ă  leur recherche en voiture. On les retrouva miraculeusement, traĂ®nant les pieds. Ils s’Ă©taient perdus Ă  plusieurs reprises et souffraient d’une faim dĂ©vorante. On les emmena jusqu’Ă  Ajaccio pour les installer dans une maison sĂ»re. Le lendemain, 09 janvier, Hellier aidĂ© de Pierre Bianchi, Nicolas Antona, Paul PARDI et Bernard Ceccaldi, partit en taxi chercher les bagages cachĂ©s. Ils s’Ă©taient dĂ©guisĂ©s en pĂŞcheurs et saluèrent mĂŞme une patrouille italienne qui passait. Ils s’attribuèrent les services d’un âne errant avant de retrouver sans difficultĂ© l’endroit oĂą Ă©tait cachĂ© le matĂ©riel. Malheureusement l’une des valises manquait. A quatre heures du matin le chargement Ă©tait au bord de la route, prĂŞt Ă  partir, mais le groupe fut interpellĂ© par une patrouille italienne. Ils expliquèrent qu’ils allaient prendre le premier bus postal du matin pour Ajaccio et furent autorisĂ©s Ă  continuer. Le bus fut fouillĂ© par un gendarme qui tapota lĂ©gèrement sur les caisses sans les faire ouvrir.

Rendus sans encombres Ă  Ajaccio, on dĂ©couvrit que la valise manquante appartenait Ă  Scamaroni. Elle contenait une partie des fonds de guerre pour la mission, 600 000 Francs et 500 dollars, des vĂŞtements, des armes et des quartz de rechange pour les radios. Chacun suspecta que l’OVRA Ă©tait dĂ©jĂ  Ă  leur recherche. Scamaroni Ă©tait d’avis que si l’ OVRA Ă©tait le responsable, ils auraient soit tout pris soit rien pris du tout prĂ©fĂ©rant s’embusquer en attendant que les agents viennent chercher leurs affaires.

S’organiser. Communiquer. Retrouver la valise disparue.

Bianchi installa le rĂ©cepteur radio dans une maison sĂ»re et Hellier envoya le premier message. Le 25 Janvier ses signaux furent captĂ©s par Massingham à Alger mais Ă©taient inintelligibles. Cela devait ĂŞtre le cas durant toute la mission en Corse et les communications avec Sea Urchin à partir de Massigham se firent par l’intermĂ©diaire de Londres. L’une des raisons possibles pourrait ĂŞtre que le poste utilisĂ© Ă©tait un A.M.K II ou que c’Ă©tait une dĂ©marche dĂ©libĂ©rĂ©e de la part de Scamaroni afin de conserver sa première ligne de communication avec la section RF de De Gaulle Ă  Londres, court-circuitant ainsi la Section AMF de Massingham. Le premier message d’Hellier fut reçu Ă  Londres le 2 FĂ©vrier 1943. Il disait : “Equipe en sĂ©curitĂ© STOP. Equipement Ajaccio. FĂ©liciter Ă©quipage sous-marin. STOP. POT A (Jickell) part demain Ă  la recherche de terrains d’atterrissage. STOP. Jours de pĂŞche autorisĂ©s et limitĂ©s Ă  certains golfes.

Parallèlement on avait entrepris des recherches discrètes pour savoir comment la valise avait disparu. Ils remarquèrent au bar du coin un berger de 17 ans qui dĂ©pensait beaucoup, payant avec des billets fraĂ®chement imprimĂ©s. Après quelques menaces de mort selon la tradition corse, et le serment de garder le silence, les parents du berger finirent par rendre la valise et son contenu avec les trois quarts de l’argent. Le fait que Scamaroni Ă©tait arrivĂ© avec des billets neufs alors que ne circulaient sur l’Ă®le que des billets dĂ©chirĂ©s ou dĂ©fraĂ®chis alerta Raimondi qui fit en sorte que l’ensemble du cash de la mission soit Ă©changĂ© contre des espèces qui attirent moins les regards.

Sous l’identitĂ© de Grimaldi, avec l’argent, Scamaroni s’attaqua d’emblĂ©e Ă  l’organisation de son Ă©tat major. Il se composait ainsi : Chef Scamaroni. Adjoint: Raimondi. Chef militaire : Colonel Ferrucci. Adjoints Serafini et Cussac. Renseignements et section politique : Poli. Adjoints: Bost, Martini, Muraccioli. Sabotage et intendance : Jickell. Adjoints: Paul Pardi, Ange Brand Defendini. Officier radio: Hellier. Adjoints : Vieau, Colombini. Codes et chiffre : Scamaroni, Cauvin, Marcangeli et Poli.
La Corse fut divisĂ©e en secteurs. Raimondi Ă©tait responsable d’Ajaccio, Paul Giacobbi et le Docteur Barttesti s’occupaient du Nord et Poli de Sartène au Sud. On forma des troupes de choc. Jickell fit des reconnaissances quant aux zones de parachutage et des plages convenant au dĂ©barquement des sous-marins. Plus tard, Jickell devait se plaindre dans le rapport qu’il prĂ©senta Ă  son retour Ă  Londres, de ce que toutes ses suggestions de sites de largage le long des cĂ´tes avaient Ă©tĂ© rejetĂ©es alors que l’on avait choisi les sites oĂą la cĂ´te Ă©tait surveillĂ©e. Il se plaignit aussi de ce que les livraisons d’armes Ă©taient trop faibles compte tenu des risques encourus.
Le 5 fĂ©vrier Massingham fut informĂ© par Londres que les dĂ©tails de l’opĂ©ration d’infiltration de Mechanic/Burnet devaient ĂŞtre mis au point entre eux et Sea Urchin. Massingham rĂ©pliqua que, du moment qu’il leur Ă©tait impossible d’Ă©tablir un contact radio en Corse avec Sea Urchin, ne pouvaient-ils pas demander à Sea Urchin de proposer un point de dĂ©barquement sur la cĂ´te ouest? Ils avisèrent Ă©galement Londres que Mechanic/Burnet avaient quittĂ© Londres et Ă©taient en route pour Alger.

Une mission hĂ©rissĂ©e d’obstacles

Scamaroni dĂ©couvrit bientĂ´t que les diffĂ©rents groupes corses de rĂ©sistance rechignaient Ă  s’unir derrière De Gaulle. L’organisation “LibĂ©ration” avait dĂ©jĂ  demandĂ© un message de la BBC pour prouver la bonne foi de Scamaroni. “Franc Tireur”, contrĂ´lĂ© par le gĂ©nĂ©ral Mollard, Commandant militaire de la Corse de 1939 Ă  1940, dĂ©clara mettre son organisation Ă  la disposition de de Gaulle Ă  la condition que la BBC diffusât un message pour “Jacqueline“: “Tout est dans Balzac“.
Mais le 27 fĂ©vrier, Sea Urchin se plaignit que Rossi, de Franc Tireur, dĂ©clarait ĂŞtre le seul reprĂ©sentant en Corse des combattants français et non pas Scamaroni, et qu’il s’Ă©tait rendu Ă  Londres pour Ă©tablir le contact. Londres le dĂ©mentit et confirma la nomination de Scamaroni comme coordinateur en chef de tous les groupes de rĂ©sistance en Corse.
Sea Urchin
 eut encore Ă  se plaindre de Rossi, l’accusant de ne pas prendre assez de mesures de sĂ©curitĂ© et d’avoir offert une grosse somme d’argent Ă  l’un des officiers de Mollard, le Colonel Ferrucci, pour le convaincre de rejoindre les combattants français. Sea Urchin se plaignit en outre de ce que, Ă  cause de Rossi, l’Ă©vacuation par sous-marin du GĂ©nĂ©ral Mollard Ă©tait devenu un sujet de conversation Ă  Ajaccio et Bastia.
Les communistes et le Front National, de son obĂ©dience, se dĂ©clarèrent prĂŞts a suivre De Gaulle. Leur chef Ă  Bastia, Nonce Benielli, annonça que le Front National Ă©tait en mesure de rassembler trois mille hommes mais il voulait en Ă©change des armes, de l’argent et partager les renseignements. Nonce Benielli offrit l’un de ses hommes, Jacques Tavera, comme garde de corps et agent de liaison dans l’organisation de Scamaroni. Scamaroni fut d’accord. Il dĂ©couvrit bientĂ´t que Tavera avait frĂ©quentĂ© Hellier et l’avait fait boire pour en tirer des informations sur les Français libres. Scamaroni protesta auprès de Benielli qui nia sa responsabilitĂ© dans cette affaire. Vu le peu d’empressement de la part des divers groupes Ă  donner leur soutien Ă  De Gaulle, il y eut un autre problème plus sĂ©rieux. Hellier buvait beaucoup et se trouvait dans l’incapacitĂ© de transmettre les messages Ă  Londres. On prĂ©tend qu’il aurait dit: “J’en ai marre de ce boulot! Si on est pris, je serai le premier fusillĂ© !”. Vieau (RUD W) fut formĂ© pour le remplacer.
En date du 23 fĂ©vrier, Scamaroni n’avait pas encore fourni de point de dĂ©barquement pour la mission Mechanic/Gurnet. Il avait envoyĂ© tous les dĂ©tails sur les terrains de parachutage “Morue” et “Barbot”, près de Sartène et avait demandĂ© des opĂ©rations de parachutage sur les deux sites: deux hommes avec quatre containers Ă  “Morue” et cinq containers Ă  “Barbot”. Massingham rĂ©pondit via Londres que les opĂ©rations de parachutage depuis Alger Ă©taient difficiles vu qu’ils ne disposaient pas d’avion.
Scamaroni rĂ©pondit que si Mechanic et Gurnet devaient arriver par sous-marin, il faudrait des armes de petit calibre. Le nombre exact serait dĂ©fini seulement quand le chargement se ferait. Il demanda Ă©galement Ă  prolonger son sĂ©jour en Corse d’un mois, plutĂ´t que de quitter l’Ă®le Ă  l’arrivĂ©e de Mechanic/Gurnet. Comme il devait se rendre Ă  Bastia pour continuer son travail, il demanda que le message “SĂ©raphine et ProspĂ©rine embrassent la famille” soit diffusĂ© par la BBC pour prouver une fois encore sa bonne foi. Le 6 mars, Scamaroni envoya un message Ă  Londres rapportant qu’un colonel italien dĂ©nommĂ© Prunelli Ă©tait disposĂ© Ă  vendre le plan de dĂ©fense italien de la Corse Ă  condition que toutes les mesures courantes de sĂ©curitĂ© soient prises.
Scamaroni qui ne se fiait plus Ă  Hellier opĂ©ra lui mĂŞme. Il demanda Ă  Londres de dĂ©bloquer 500 000 Frs pour l’affaire. Londres demanda le maximum de renseignements sur le colonel, son État Major, et si oui ou non le plan en question comprenait la Sardaigne. Le 6 mars, Londres rĂ©pondit par câble Ă  Massingham qui l’interrogeait Ă  ce sujet, que ni eux ni les autres dĂ©partements ne savaient quelque chose sur Prunelli.
La date du dĂ©barquement de Mechanic/Gurnet fut finalement choisie par Londres : n’importe quel jour, après le 12 mars. On choisit le Golfe du Valinco. Londres essaierait d’envoyer un message de confirmation par la BBC comme Scamaroni l’avait demandĂ©. Lui et son Ă©quipe attendirent en vain pendant cinq jours au point de rendez-vous avec le sous-marin, se cachant le jour et faisant la garde de nuit. Tout fut finalement annulĂ©. Déçus, Scamaroni et ses hommes s’en retournèrent Ă  Ajaccio.

Pour son malheur, la mission de Scamaroni croise celle de Sardaigne.

A peu près, au moment de l’arrivĂ©e de Scamaroni en Corse, l’opĂ©ration Avocat fut montĂ©e à Massingham par la section italienne du S.O.E. afin d’infiltrer deux agents en Sardaigne. Le 4 janvier 1943, le sous-marin H.M.S. Splendide commandĂ© par le Lieutenant Ian McGeoch, dĂ©barqua deux agents: Adler et Pisano. L’opĂ©ration devint Operation Moselle.
1 -Gabriel Adler. NĂ© a Satumare, Hongrie, le 15.09.1919. NationalitĂ© Hongroise, juive. De parents hongrois. VĂ©cut Ă  Budapest jusqu’en 1922. DĂ©mĂ©nagea au milieu de l’annĂ©e 1922 Ă  Merano, Italie, avec ses parents oĂą il fut scolarisĂ©. De 1930 Ă  1934 il Ă©tudia Ă  Essingen en Allemagne. Retour en Italie durant les annĂ©es 1934 Ă  1939 oĂą il vĂ©cut Ă  Milan, mis Ă  part un sĂ©jour de 4 mois, en 1937, Ă  Budapest. A cause des nouvelles lois raciales il dĂ©cida de quitter l’Italie pour se rendre a Tanger en 1939 oĂą il travailla comme serveur et cuisinier dans divers restaurants jusqu’en novembre 1941. Il se rendit ensuite Ă  Gibraltar avec l’aide du consulat britannique et de lĂ  gagna l’Angleterre oĂą il arriva le 8 janvier 1942.
2 -Giovanni Pisano, de son vrai nom Salvatore Serra. NĂ© Ă  Solarussa, Sardaigne, le 22.02.1909. NationalitĂ© italienne. Nom du père : Giovanni Serra (dĂ©cĂ©dĂ©). Nom de la mère: Cristina Serra (NĂ©e Pile). VĂ©cut en Sardaigne oĂą il fit sa scolaritĂ©. Rejoignit la police italienne (les carabiniers) en 1927. RĂ©sida dans diffĂ©rentes villes jusqu’en 1936, date Ă  laquelle il fut envoyĂ© a Harar (Abyssinie). Il fit de la propagande antifasciste avec les Abyssiniens (1). En aoĂ»t 1938, il fut averti par un juge d’Harar qu’il avait Ă©tĂ© dĂ©nonce et Ă©tait sur le point d’ĂŞtre arrĂŞtĂ©. Il s’enfuit jusqu’en Somalie britannique oĂą il se rendit Ă  la police. On le laissa en libertĂ© et il fut nourri et logĂ© par le gouvernement britannique. Il n’eut aucune occupation et y resta jusqu’Ă  l’entrĂ©e en guerre de l’Italie, le 10 juin 1940. Il fut alors arrĂŞtĂ© et envoyĂ© Ă  Bombay. De lĂ , il fut transfĂ©rĂ© dans le camp de concentration de Ahmednager avant d’ĂŞtre conduit en octobre 1941 Ă  Dhera Dun. En dĂ©cembre 1941, il reçut la visite d’un reprĂ©sentant du SOE, fut expĂ©die Ă  Delhi le 13 janvier 1942, puis après quelques jours, dirigĂ© sur le Caire. Il quitta le Caire le 3 mars 1942 et arriva en Grande Bretagne le 7 mars 1942. A son arrivĂ©e il fut interrogĂ© par un enquĂŞteur du M.I.5 qui ne se montra pas convaincu par son histoire et fit les commentaires suivants : “En attendant, Serra doit ĂŞtre vu par Baker Street. Peut-ĂŞtre en sait-il davantage Ă  son sujet. Si cela n’est pas le cas, a mon avis, il y a un certain risque Ă  faire entièrement confiance Ă  cet homme”.

Serra, le 12 mars 1942, reçut la visite de deux officiers du SOE au Centre d’investigations, en prĂ©sence de l’enquĂŞteur du MI 5 qui, après la visite, confirma son opinion: “Je ne suis pas convaincu que son histoire, telle qu’il la raconte, soit vraie. C’est pourquoi je maintiens qu’il y a un certain Ă©lĂ©ment de risques Ă  employer cet homme, voire Ă  le relâcher”. “Les officiers qui ont vu cet homme sont prĂŞts Ă  le prendre avec eux. Je puis tout Ă  fait comprendre que, vu les circonstances, ils soient obligĂ©s d’accepter un certain Ă©lĂ©ment de risque dans presque chaque cas et je ne suis pas en mesure de prĂ©tendre dans ce cas particulier que cet Ă©lĂ©ment de risque est trop grand. Il est simplement de mon devoir de souligner qu’il existe”.
Il apparut clairement, peu de temps après l’infiltration de Serra et Adler en Sardaigne, que leurs transmissions radio Ă©taient sous le contrĂ´le des Italiens. La première thĂ©orie fut que Serra avait trahi Adler immĂ©diatement après leur dĂ©barquement. A Massingham en AlgĂ©rie, avant la mission Sea Urchin de Scamaroni en Corse, Hellier, l’opĂ©rateur radio de la RF, avait connu Serra. Ils s’Ă©taient connus autour d’un verre et Hellier avait Ă©tĂ© impressionnĂ© par les histoires de Serra sur la propagande antifasciste en Abyssinie et son voyage Ă  Londres. Pour Hellier, Serra Ă©tait un vrai rĂ©sistant.

 

Scamaroni s’Ă©tait fondu dans la vie de la Corse et sa petite silhouette sillonnait inlassablement ‘Ă®le de long en large. Vers le milieu du mois de mars, ses efforts pour unifier le mouvement de rĂ©sistance commencèrent Ă  porter leurs fruits. L’œuvre de Scamaroni Ă©tait presque achevĂ©e. En ce qui le concernait, un dĂ©barquement alliĂ© pouvait se faire d’ici la fin mai. Mais bientĂ´t l’OVRA remporta quelques succès et procĂ©da Ă  des arrestations Ă  Bastia. Le 17 mars, aux environs de 11h du matin, Hellier prenait un verre dans un bar sur le port d’Ajaccio qui servait de boĂ®te postale pour les messages destinĂ©s à Sea Urchin. Les dĂ©tails suivants proviennent du rapport que fit Jickell Ă  son retour en Angleterre : “Hellier fut abordĂ© par trois Italiens en civil, poussĂ© Ă  l’arrière d’une voiture en stationnement et emmenĂ© en direction de la citadelle”. Deux hommes de Jickell avaient Ă©tĂ© tĂ©moins de l’arrestation et avaient immĂ©diatement averti leur chef qu’Hellier avait Ă©tĂ© enlevĂ©. Jickell, immĂ©diatement, en avertit Scamaroni et ordonna la dispersion provisoire des membres de la mission. Malheureusement, Scamaroni fut d’avis que tant qu’un opĂ©rateur radio restait en libertĂ© (l’homme recrutĂ© localement), son devoir Ă  lui Ă©tait de continuer. Jickell lui donna l’adresse de sa planque et dispersa son groupe.

Raimondi fut informĂ© de l’arrestation de Hellier mais n’en avisa Scamaroni qu’à quatre heures de l’après-midi et tenta de le persuader de changer de domicile. Celui-ci refusa. Il fit envoyer par Vieau un dernier message relatant l’arrestation de Hellier et le besoin urgent qu’il avait d’un autre opĂ©rateur radio. Scamaroni Ă©tait persuadĂ© qu’Hellier ne parlerait pas avant au moins 24 heures, lui laissant le temps de rĂ©gler ses affaires avant de s’évaporer dans la nature. Jickell arriva sans dommage Ă  Bastia, accompagnĂ© de Paul Pardi, Ange Defendini et Pierre Mattei. Mais l’OVRA ne pouvait attendre 24 heures. Ils se mirent Ă  torturer brutalement Hellier jusqu’à ce qu’il flanche et confesse le peu qu’il savait que son chef Ă©tait le capitaine Severi, mais qu’il n’avait jamais su oĂą il habitait. Hellier fut promenĂ© Ă  travers les rues d’Ajaccio et forcĂ© de dĂ©signer les gens qu’il connaissait. Chaque maison montrĂ©e du doigt fut fouillĂ©e par les soldats italiens et leurs occupants arrĂŞtĂ©s. A la tombĂ©e de la nuit, Scamaroni avait donnĂ© ses derniers ordres et Ă©tait prĂŞt Ă  partir pour Bastia le lendemain. Il dormait paisiblement quand finalement les carabinieri, traĂ®nant un Hellier rouĂ© de coups et en sang, firent irruption dans la maison oĂą Scamaroni et ses hĂ´tes dormaient. Les perquisiteurs trouvèrent le poste radio dans une pesante valise verte. Tous furent emmenĂ©s Ă  la citadelle d’Ajaccio; en tenue de nuit, relate Sias, membre de la S.I.M., le service d’information militaire du contre-espionnage Italie.

Scamaroni, pour disculper ses camarades, voulu endosser l’entière responsabilitĂ©. Il fut atrocement torturĂ© après avoir admis qu’il Ă©tait bien François Edmond Severi, officier colonel français nĂ© Ă  Alger en 1908. Un rapport du S.I.M. prĂ©cise que les ongles lui avaient Ă©tĂ© arrachĂ©s et qu’il avait Ă©tĂ© brĂ»lĂ© au fer rouge. On lui promit la vie sauve s’il avouait tout. Il refusa et se suicida dans sa cellule ; avec un bout de fer qui lui permit de se trancher la gorge mais cette version est contredite par celle de Sias qui Ă©tait sur les lieux : c’est avec les lambeaux de son pyjama qu’il se serait pendu aux barreaux de sa cellule. Quand le gardien donna l’alerte, Ă©crit Sias, “Le cĹ“ur du suicidĂ© battait encore et le mĂ©decin officier appelĂ© d’urgence, en ma prĂ©sence, utilisa en vain tous les moyens pour le ranimer”. (4) On l’enterra en pleine nuit dans la fosse commune d’Ajaccio enveloppĂ© dans une couverture de l’armĂ©e italienne. Un curĂ© de campagne lui rendit les derniers honneurs.

Epilogue

Il y eut en tout environ 60 arrestations imputĂ©es Ă  Hellier. Une forte rĂ©compense fut offerte par les Italiens pour la capture de Jickell. Jickell reçut la visite de Vieau dans sa cache de Bastia le 20 mars. Il lui apprit que la mère du propriĂ©taire de la maison oĂą Ă©tait planquĂ© Scamaroni, une vieille femme d’environ 70 ans, n’avait pas Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e et lorsque les Italiens eurent quittĂ© la maison après l’avoir fouillĂ©e de fond en comble, elle sortit tous les documents de Scamaroni hors de leur cachette et les brĂ»la.
Les Italiens contraignirent Hellier Ă  faire fonctionner son appareil radio. Le 5 avril tomba un message de Sea Urchin Mineur (Hellier). Il n’avait pas donnĂ© le vrai nom de reconnaissance et avait inclus un faux mot de passe qu’il avait reçu instruction d’utiliser s’il opĂ©rait sous la contrainte. Ainsi Massigham en conclut que Hellier Ă©tait sous le contrĂ´le des Italiens. Le message de Hellier : “Pendant ma providentielle maladie, mes camarades arrĂŞtĂ©s. Câbles chiffres dĂ©truits. Je suis en sĂ»retĂ© mais dois prendre beaucoup prĂ©cautions. Envoyez instructions”.
A Londres les combattants français continuèrent Ă  croire que la radio Ă©tait manipulĂ©e par Hellier, mais pas sous la menace. Ils passèrent sur l’absence de mot de reconnaissance et la prĂ©sence d’un mot bidon suggĂ©rĂ© en lieu et place, parce que, Ă  leur avis, tous ces contrĂ´les n’avaient aucune valeur. Ils admirent Ă©galement que Hellier n’ait pas donnĂ© la bonne rĂ©ponse Ă  la question test et dirent tout bonnement qu’il devait l’avoir oubliĂ©e. Ils furent d’accord de rĂ©pĂ©ter la question test mais dĂ©clarèrent qu’ils ne se seraient pas encore convaincus si elle restait sans rĂ©ponse. Les Britanniques furent d’avis que c’Ă©tait prendre ses dĂ©sirs pour la rĂ©alitĂ©.
Le 15 Avril, un message fut envoyĂ© à Sea Urchin auquel fut rĂ©pondu : “Sans dĂ©tails arrestations camarades. Nouvelle sĂ»re que capitaine arrĂŞtĂ© s’est tuĂ© Ă  Ajaccio”. Coercition ou non, les combattants français Ă©taient maintenant convaincus de la mort de Scamaroni et que toute la mission Sea Urchin avait pĂ©ri. Le 21 Avril Massingham câbla Ă  Londres qu’un agent Ă©tait revenu de Corse et confirmait la liquidation complète de Sea Urchin. Cet agent avait vu le corps de Scamaroni Ă  la morgue d’Ajaccio. Il avait Ă©tĂ© abominablement torturĂ© avant de se suicider. Restait toujours Ă  savoir qui avait identifiĂ© Hellier et Ă©tait Ă  l’origine de son arrestation (2). On prĂ©tend qu’Hellier aurait dit Ă  quelqu’un qui partageait sa cellule Ă  la citadelle, qu’il avait Ă©tĂ© vendu par une Ă©quipe qui Ă©tait en AlgĂ©rie en mĂŞme temps que la mission Sea Urchin. “Ils ont Ă©tĂ© pris et m’ont dĂ©noncĂ©. J’ai tenu 24 heures avant de parler, espĂ©rant que chacun aurait le temps de disparaĂ®tre, et maintenant Ă  mon tour j’ai crachĂ© le morceau”. (3)

Le 17 fĂ©vrier 1945, un sergent italien, le Major Silvestri fut interrogĂ© par les Britanniques. Il avait travaillĂ© pour un groupe italien de contre-espionnage Ă  Cagliari. Il Ă©tait chargĂ© entre autres tâches de leur fournir les textes anglais envoyĂ©s par la radio de Serra qui avait Ă©tĂ© capturĂ© et utilisĂ© comme agent double. Il connaissait Serra sous le nom de “Armstrong”. Silvestri dĂ©clara que Serra et Adler s’Ă©taient perdus en dĂ©barquant en Sardaigne et s’Ă©taient approchĂ©s d’un berger. Ce dernier ou quelqu’un d’autre s’Ă©tait mĂ©fiĂ© de quelque chose et avait alertĂ© les carabiniers. Ils furent apprĂ©hendĂ©s le mĂŞme jour et tous deux disposĂ©s Ă  collaborer. Au bout de quelque temps les Italiens Ă©taient assez sĂ»rs d’eux pour se passer des agents qu’ils envoyèrent Ă  Rome. Silvestri apprit plus tard que Serra avait participĂ© Ă  une expĂ©dition en Corse oĂą il s’Ă©tait rĂ©vĂ©lĂ© d’une grande aide pour identifier et capturer d’autres agents.
Au 2ème Bureau de Giraud qui collabore avec Massingham, on Ă©tait d’avis que ce qui avait entre autres choses causĂ© la perte de la mission Sea Urchin c’Ă©tait l’ostentation avec laquelle ils avaient distribuĂ© de l’argent en Ă©change de services et pour recruter des agents. En ce qui concerne l’Ă©norme somme d’argent que Scamaroni emporta avec lui en Corse, les Italiens proclamèrent qu’il Ă©tait mort sans le sou. Après la libĂ©ration de la Corse, l’argent ne fut jamais retrouvĂ©.
En mĂŞme temps que la mission Sea Urchin de Scamaroni en Corse, une autre mission, Frederick, montĂ©e par le SIS opĂ©rait dans le sud de la Corse. Elle Ă©tait constituĂ©e de trois agents, deux Corses et un officier Belge qui furent arrĂŞtĂ©s en avril 1943. On savait qu’ils Ă©taient en contact avec Sea Urchin.
Jickell, Pardi, Defendini et Mattei restèrent cachĂ©s Ă  Bastia et dĂ©truisirent leurs appareils radio. Ils furent par la suite mis en contact avec Paul Colonna d’Istria (Whiskers, Moustaches [mais plus familièrement appelĂ© “CĂ©sari”]), [qui avait dĂ©barquĂ© sous les auspices du SOE mais qui avait, de fait, remplacĂ© de Saule, chef de la mission Pearl Harbour, le 6 avril 1943]. Tout le groupe fut emmenĂ© hors de Corse par sous marin et arriva en AlgĂ©rie le 16 Juin 1943. Hellier fut jugĂ© et condamnĂ© Ă  mort par un Tribunal militaire italien et fusillĂ© Ă  Bastia le 15 Juillet 1943. MĂŞme sa trahison n’avait pas rĂ©ussi Ă  le sauver.
Après la mission Sea Urchin, Jickell offrit de participer Ă  d’autres missions dans la France occupĂ©e mais ses propositions ne trouvèrent pas d’Ă©chos auprès du Ministère de la Guerre. Il essayera sans succès de s’enrĂ´ler dans la Marine. Depuis la fin de la guerre, il vivait aux Etats-Unis.

TERRY HODGKINSON

Sources
Foreign Office. S.O.E. Archive. London
Public Record Office. London
GAMBIEZ, Libération de la Corse, Hachette, Paris 1973.
PIQUET-WICKS Eric. Four In the Shadows. Jarrolds, London 1957.
SCAMARONI Marie-Claire Fred SCAMARONI, France Empire,
Paris, 1986
Marie-Claire SCAMARONI
James. A. Jickell.
Sir Brooks Richards
CARLONI Fabrizio. “L’occupazione italiana della Corsica.. Ed. Mursia

Note de l’Ă©diteur ANACR 2A
(1) Selon L’historien Louis Luciani, les motifs de la dĂ©sertion de Serra sont moins honorables ; il aurait volĂ© dans les caisses de son rĂ©giment et aurait Ă©tĂ© condamnĂ© Ă  30 ans de rĂ©clusion. Pour racheter sa peine, il aurait offert ses services Ă  son retour en Italie, aussitĂ´t qu’il fut dĂ©masquĂ© après son dĂ©barquement en Sardaigne.
(2) Toujours selon Louis Luciani, Serra Ă©tait prĂ©sent Ă  Ajaccio au moment de l’arrestation et l’aurait dĂ©signĂ© au contre-espionnage italien.
(3) Toujours selon Louis Luciani, Hellier n’aurait pas parlĂ© et serait disculpĂ© par le fait qu’il ait Ă©tĂ© exĂ©cutĂ© lui aussi.
(4) Fabrizio CARLONI. Op. cit. page 101.

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