Le soldat Giovanni Milanetti, alors âgĂ© de 18 ans arrive dans le port de Bastia sur l’Humanitas le 8 septembre au matin. Le 8 au soir on apprend par la radio que l’Italie a capitulĂ©. Les Allemands, prĂ©sents en Corse veulent dĂ©loger les Italiens du port. Ils subissent l’assaut des Allemands quelques heures après.G. Milanetti est jetĂ© dans la bataille. Il tĂ©moigne de ses tribulations.*
Le tĂ©moignage de Giovanni Milanetti, tirĂ© de son journal, a Ă©tĂ© publiĂ© sur le site internet http://www.storia900bivc.it/pagine/memoguerra/milanetti396.html (29.03.2016) par l’Institut de l’histoire de la RĂ©sistance et la sociĂ©tĂ© contemporaine de la Province de Biella et Vercelli sous la responsabilitĂ© de Albert Lovato. Nous en publions un rĂ©sumĂ© et de larges extraits. Son tĂ©moignage est un Ă©clairage -vu cĂ´tĂ© italien- sur ce que furent  les combats de Bastia ; un Ă©clairage aussi sur la fuite des soldats Italiens chassĂ©s de Bastia et ses environs, leur errance avant de pouvoir de rejoindre leur lignes.
Bastia, un enjeu.
Le soldat Giovanni Milanetti, alors âgĂ© de 18 ans le 6 septembre 1943, reçoit l’ordre de quitter les chantiers navals de La Spezia pour rejoindre la Corse oĂą l’armĂ©e italienne occupe l’Ă®le depuis le 11 novembre 1942. En fait, il ne s’agit pas de renforcer la Marine italienne en Corse mais de la mettre les navires en lieux sĂ»rs -Bastia est considĂ©rĂ© comme tel- pour ne pas les exposer Ă la vindicte allemande qui ne manquera pas de se dĂ©clencher Ă l’annonce de la capitulation italienne signĂ©e le 3 septembre Ă Cassibile. 80.000 soldats italiens prĂ©sents en Corse face Ă moins de 5.000 Allemands du Reich en Corse, le rapport des forces justifiait ce choix mais le port de Bastia ne sera pas le refuge espĂ©rĂ©. Les Allemands s’y opposeront; ils doivent impĂ©rativement s’emparer de Bastia pour Ă©vacuer leurs troupes sur le continent italien; leurs troupes : celles de Corse et celles de Sardaigne qui vont transiter par la Corse alors que le gĂ©nĂ©ral Basso, commandant l’Esercito en Sardaigne, avec ses 132.000 hommes auraient pu et du empĂŞcher les 30.000 soldats du Reich en Sardaigne de passer en Corse. Comme Magli, commandant de la VIIème armĂ©e en Corse, il a fait preuve de beaucoup de pusillanimitĂ© Ă l’Ă©gard de l’ex-alliĂ©.
Pourquoi Bastia a-t-il autant d’importance pour les Allemands ? Il y a bien suffisamment de pistes pour Ă©vacuer les troupes du Reich mais l’aviation allemande a fort affaire Ă Salernes oĂą les AlliĂ©s dĂ©barquent. Et puis, pour le matĂ©riel lourd il leur faut disposer du port de Bastia qui est sous contrĂ´le italien en ce 8 septembre. Or, l’armistice prĂ©voit que: “L’Italie fera chaque effort pour soustraire aux Allemands tous les moyens qui pourraient ĂŞtre utilisĂ©s contre les Nations Unies.” L’ordre sera plus ou moins bien exĂ©cutĂ© -plutĂ´t moins bien en Corse oĂą le GĂ©nĂ©ral Magli essaye de mĂ©nager la chèvre et le choux et se rĂ©fugie dans une improbable neutralitĂ©. RĂ©sultat: les troupes italiennes sont dĂ©semparĂ©es. Et Giovanni Milanetti est jetĂ© dans cette mĂŞlĂ©e. Sauve qui peut!
Les combats de Bastia. Premier assaut allemand. Giovanni dans la fournaise
Giovanni embarque donc Ă Livourne le 7 septembre Ă 14 heures 30, sur l’Humanitas. DĂ©part vers minuit, destination Bastia pour le voyage inaugural de ce bateau de 12.000 tonnes, Ă©quipĂ© de 12 mitrailleuses et 2 canons, avec un Ă©quipage de 300 hommes. Le bateau touche Bastia au petit matin du 8 septembre. Il y a lĂ , dans le port, pour la marine italienne, avec l’Humanitas et ses deux contre-torpilleurs d’escorte (l’Aliseo et l’ Ardito“), le MAS 43, le Sassari, plus 18 embarcations subsidiaires qui s’y trouvent dĂ©jĂ .
Le 8 au soir on apprend par la radio que l’Italie a capitulĂ©. Quel sera le comportement des Allemands, furieux d’avoir Ă©tĂ© “lâchĂ©s” par les Italiens ? Le repas pris en commun ce 8 au soir Ă Corte par les deux commandants des troupes italienne et allemande en Corse, respectivement Magli et Von Senger und Utterlin, laisse augurer d’un modus vivendi entre les ex-alliĂ©s de l’Axe. Mais Ă peine passĂ© minuit, le 9 septembre Ă 0 heure 30, Ă l’insu de Von Sunger, une faible garnison allemande opère un coup de main pour dĂ©loger les Italiens du port de Bastia. Le MAS 43 est attaquĂ©, son commandant sĂ©questrĂ©, l’Humanitas incendiĂ©, l’Ardito assailli rĂ©siste. “Le coup de main Ă©choua, relate le gĂ©nĂ©ral Von Senger und Utterlin, devant la rĂ©sistance des Italiens, supĂ©rieurs en nombre. Il y eut de lourdes pertes des deux cĂ´tĂ©s, ainsi que des prisonniers. L’entreprise Ă©tait insensĂ©e et contraire Ă nos propres intĂ©rĂŞts.”(1)  Les Allemands perdirent deux contre-torpilleurs, sept embarcations et pas moins de 160 hommes pĂ©rirent dans ce combat. De source officielle, cĂ´tĂ© italiens, on parle de “5 morts et 51 blessĂ©s Ă terre et 70 morts, blessĂ©s et disparus Ă bord de l’Ardito“. Mais “Les pertes italiennes furent sĂ»rement supĂ©rieures…“(2). Les Allemands ont Ă©chouĂ©. L’opĂ©ration, faite Ă son insu, Ă©tait prĂ©maturĂ©e juge Von Sunger :”Il fallut m’efforcer de tenir en haleine le commandant en chef des forces italiennes jusqu’Ă l’arrivĂ©e de Sardaigne de renforts notables de la 90ème division de grenadiers blindĂ©s, afin de lui prĂ©senter alors mes revendications sous forme d’ultimatum. C’est pourquoi, après des pourparlers rĂ©ciproques Ă Bastia, le statu quo fut rĂ©tabli le 9 septembre.(1) Giovanni Marinetti Ă©tait parvenu Ă s’Ă©chapper de l’Humanitas en feu. A 5 heures 30, Ă l’aube du 9 septembre, il assiste au tir nourri des batteries cĂ´tières italiennes contre des embarcations allemandes tentant de quitter Bastia pour rallier l’Ă®le d’Elbe. Elles coulent Ă pic. Un pĂ©trolier, touchĂ© lui aussi prend feu et explose, faisant de nombreux naufragĂ©s. Le feu cesse.
Giovanni avait rĂ©ussi Ă fuir le port devenu lieu d’affrontements intenses. Un instant prisonnier des Allemands avec deux cents compatriotes, il sera autorisĂ© Ă accompagner un ami blessĂ© Ă l’hĂ´pital et sera ainsi laissĂ© libre. Le calme Ă©tant revenu, l’accord entre Von Senger avec Magli est respectĂ©. Giovanni revient sur le port le matin du 10 septembre. L’incendie Ă bord de l’Humanitas est presque Ă©teint. Il monte Ă bord pour essayer de rĂ©cupĂ©rer son barda. Tout a brĂ»lĂ©. Il quitte Ă nouveau le port, retrouve des camarades. “Nous Ă©tions en piteux Ă©tat, qui en culotte courte, qui avec un gilet de sauvetage pour cacher notre nuditĂ©.”
Entre temps arrivèrent dans le port de Bastia deux corvettes italiennes: le  Pellicano et le Gabbiano. Ce dernier devait escorter le Sassari jusqu’Ă Porto-Ferraio et le Pellicano devait rester en appui Ă l’Humanitas qui avait 1.600 tonnes d’explosifs Ă son bord. Le 11, l’Humanitas endommagĂ© prend le large. Mais il subi coup sur coup l’assaut d’un sous-marin des AlliĂ©s et les bombardements aĂ©riens des Allemands. Comme il lui est impossible de continuer sa route il est sabordĂ© au large de Bastia Ă 20h.30. Heureusement que Giovanni et ses camarades avaient refusĂ© de s’embarquer comme on le leur demandait.
Le lendemain, dimanche 12 septembre, Giovanni Milanetti et ses camarades, sur un camion, sont amenĂ©s vers les hauteurs de Bastia. “On nous donne une petite tambouille, un petit trousseau; en peu de temps on monte la tente et nous y installons correctement mais cela ne pouvait pas durer longtemps. Vers 16 heures commencent les escarmouches entre Allemands et Italiens. Dans un court laps de temps Bastia devient un champ de bataille“. Deux avions allemands de transport volant Ă basse altitude sont abattus. La fusillade a durĂ© jusqu’Ă 19 heures. Entre temps, une explosion terrible retentit : les Allemands ont fait sauter une poudrière. Bastia subit de graves dommages. “On a appris plus tard que la poudrière Ă©tait situĂ©e dans une localitĂ© proche du cimetière, occasionnant de terribles destructions, Ă©ventrant des tombes, soulevant des pierres tombales, etc.etc. Plus tard, le calme revient et la nuit se passe bien“.
L’accalmie de courte durĂ©e. Deuxième assaut allemand. Fuir Bastia par le maquis.
“La situation avait Ă©tĂ© relativement calme jusqu’au matin du 13, date Ă laquelle fut dĂ©clenchĂ©e l’attaque allemande sur Bastia. La division “Friuli”, Ă qui avait Ă©tĂ© confiĂ© le contrĂ´le de cette partie de l’Ă®le, rĂ©ussit Ă tenir le choc jusqu’Ă la fin de l’après-midi. Quand les Friuli apprirent que d’autres forces allemande avaient franchi le col de Saint Antoine pour rejoindre Oletta, menaçant les positions italiennes de Teghjme, l’ordre fut donnĂ© de se retirer. A 19h.30, les troupes allemandes entrèrent dans Bastia.”(3)
Giovanni Milanetti raconte son 13 septembre : “…le matin du 13 septembre le vrombissement d’appareils allemands en piquĂ© nous rĂ©veille. En courant on court Ă l’abri et l’avion lâche ses bombes sur le commandement militaire. Toute la matinĂ©e, ce fut un va et vient continu : maintenant un avion de chasse qui mitraille, maintenant un bombardier; c’est pour ça qu’il est plus prudent de rester Ă l’abri.”
A quelques kilomètres, au sud de Bastia, les troupes italiennes tentent vainement de s’opposer Ă la montĂ©e des troupes allemandes venues de Sardaigne. “Voici que la commandement italien donne l’ordre aux troupes de se replier (C’est la trahison des lâches fascistes qui a causĂ© la mort de plusieurs milliers de soldats mais Dieu pensera Ă les punir). Ainsi les Allemands ont opĂ©rĂ© une puissante contre-attaque et nos soldats sont dĂ©passĂ©s. Les Allemands avancent rapidement avec leur char Tigre(4) vers Bastia. Nous recevons l’ordre de dĂ©placer le campement avec tout le matĂ©riel parce que dĂ©sormais les obus allemands tombent ici et dans les environs. “Giovanni et ses camardes font un arrĂŞt pour s’alimenter Ă l’endroit oĂą est installĂ©e une batterie tenue par ses compatriotes. Mais l’alarme est donnĂ©e, les Allemands les talonnent et il faut abandonner la soupe qui Ă©tait au feu. “On marche pendant 4 heures, toujours avec la peur d’ĂŞtre suivis par les Allemands […] Sur le sentier muletier Ă©tait une file de fuyards: soldats, hommes, femmes, enfants, blessĂ©s. A minuit nous nous sommes arrĂŞtĂ©s pour nous reposer. La vĂ©gĂ©tation ne manque pas pour se cacher et nous prĂ©server de l’humiditĂ© de la nuit. On dort.”
Le 14 septembre au petit matin, sac au dos Giovanni et ses camarades reprennent leur chemin pour se rendre Ă St Florent mais presque arrivĂ©s Ă destination ils apprennent que le village est occupĂ© par les Allemands. Stupeur ! “On se repose quelques heures près d’un ruisseau, on se rafraichit un peu et prenons le chemin du retour.[…] L’appĂ©tit croĂ®t d’heure en heure. par la force des chose il faut aller chercher quelque chose [Ă manger] […]. On marche toute la journĂ©e jusqu’au crĂ©puscule sans rencontrer âme qui vive, mĂŞme pas une masure, rien, et alors il ne nous reste plus qu’Ă faire une pause sous les Ă©toiles et la lune”.
Le 15 septembre, rĂ©veil avant l’aube. “Et oĂą aller ? aucun de nous ne connaĂ®t les lieux. Après quelques heures de marche nous rencontrons des habitants qui avaient fui Bastia. Ils nous indiquent un chemin qui mène au village le plus proche“.(3). Deux heures plus tard le groupe arrive Ă Farinole fatiguĂ©, affamĂ©. “Derrière une petite colline je vois un vignoble encore intact. Je n’hĂ©site pas un seul instant, j’entre et me rassasie durant un long moment. Ce fut mon seul repas ce jour-lĂ . En dĂ©but de soirĂ©e on cherchera un endroit pour dormir. Nous nous installons sous un chĂŞne et dormons
L’ errance et la faim qui tenaille
“TĂ´t le matin du 16 septembre on doit Ă tout prix descendre au village pour chercher de quoi manger. […] Nous Ă©tions plus de 2.000 soldats au maquis et par nĂ©cessitĂ© nous devions chaparder le peu de lĂ©gumes qu’on trouvait pour ne pas mourir de faim, et bien vite, quand bien mĂŞme s’il n’Ă©tait pas très appĂ©tissant. A midi on cuisine quelques oignons mais l’huile fait dĂ©faut. Comment faire ? Avec cette vieille faim, mĂŞme sans condiments, tout est bon. Il est vrai qu’une gamelle d’oignons pour 6 personnes c’est peu mais suffisant pour ne pas mourir. On vit comme ça pendant 5 jours, de temps en temps on peut cuisiner deux gamelles avec de la courge et parfois mĂŞme des haricots quand on en trouvait. Deux d’entre nous ne sont plus en Ă©tat de marcher Ă cause de blessures: l’un est blessĂ© Ă la jambe et l’autre aux deux pieds et ainsi nous sommes rĂ©duit Ă 3 pour la recherche de notre pitance. Moi-mĂŞme, Boido et Martinelli, comme tous les jours nous descendons au village mais dĂ©sormais les jambes ne nous tiennent plus tant nous sommes affaiblis. Et pourtant çela nous incombe, les autres sont hors de combat. Ce jour-lĂ on retourna au camp avec une bonne cargaison de figues de Barbarie.”
Après un mois de sĂ©cheresse, arrive la pluie, indĂ©sirable pour Giovanni et ses camarades qui dorment Ă la belle Ă©toile. Sans trop manger et les voila maintenant exposĂ©s aux intempĂ©ries. “…mais en dĂ©pit de tout, nous ne somme pas abattus. Il pleut pendant deux jours et deux nuits de suite, puis le beau temps revint.”
“23 septembre. Passèrent ainsi dix longs jours de souffrance. […] et puis les villageois armĂ©s de fusils ont ordre de tirer sur les soldats qui se trouvent dans les champs. Dans ces tristes conditions, c’est de mourir de faim dont il s’agit. Il faut trouver une solution Ă tout prix: ou se livrer prisonniers aux Allemands ou tenter de rejoindre nos lignes ; mais c’est prendre un grand risque parce qu’il faut traverser une plaine minĂ©e, et en plus Ă portĂ©e des mitrailleuses [allemandes] nichĂ©es dans les montagnes environnantes.”
“Nous sommes le 24 septembre. La faim nous tenaille toujours et nos visages Ă©maciĂ©s portent la marque de grandes privations, de mĂŞme la barbe très longue est la marque de notre piteuse condition. Un peu plus loin il y a d’autres soldats aux ordres d’un capitaine et rĂ©duits comme nous aux dernières extrĂ©mitĂ©s. Leur capitaine leur ordonne de tuer leur dernière mule pour s’en nourrir au moins pendant un jour. Personne d’entre nous ne se hasarde Ă demander un morceau de viande, le courage nous manque.” Giovanni osera quand mĂŞme et en suppliant pourra acheter un morceau de viande Ă ses compatriotes.
Rejoindre les lignes italiennes. Sauvés. Retour en Sardaigne
Le soir du 24 le groupe dĂ©cide de partir le lendemain, de traverser le champ de mines pour rejoindre les lignes italiennes vers Patrimonio. Le 25 donc, vers 16 heures le groupe de deux cents hommes se met en mouvement. Après trois heures de marche sans interruption, il est aux abords de la plaine minĂ©e. Il fait une pause pour attendre la nuit, plus propice pour ne pas ĂŞtre repĂ©rĂ©s. A 20h.30 le groupe repart. Les hommes passent par groupes de dix espacĂ©s chacun de 100 mètres, le sergent en tĂŞte. “Dans la nuit noire règne un silence de mort, ça et la on n’entend aucun bruit, seulement le bruissement des herbes hautes foulĂ©es aux pieds. […] Après une petite heure de grande anxiĂ©tĂ© nous sommes passĂ©s sur le cĂ´tĂ© opposĂ© et hors de portĂ©e du tir de l’ennemi. Nous sommes sauvĂ©s.” Il est trois heures du matin. Le groupe se couche dans les herbes. Il a presque atteint le golfe de Saint-Florent. A 6 heures du matin, ce 26 septembre, la marche reprend en direction de Saint-Florent, par la cĂ´te. Après quatre heures de marche, vers dix heures, Saint-Florent est en vue. Mais des Allemands sont lĂ qui tirent sur le groupe qui fuit dans le maquis pour se mettre Ă l’abri des balles. Peu après, le groupe rejoint Saint-Florent mais ne s’y arrĂŞte pas.”Nous passons outre Saint-Florent sans nous arrĂŞter. Sur notre route il y a des traces Ă©videntes d’une fuite prĂ©cipitĂ©e de nos troupes talonnĂ©es par les Allemands avec leur fameux chars “Tigre” (4). Canons dĂ©truits, vĂ©hicules brĂ»lĂ©s, matĂ©riel de caserne Ă©parpillĂ©, baraques Ă©ventrĂ©es. […]. Le groupe après s’ĂŞtre un moment dispersĂ© se retrouve Ă Casta deux jours plus tard. Il est en quĂŞte de pain. “Je me rends au commandement français gaulliste (sic) et demande du pain, mĂŞme vieux, rassis, mĂŞme moisi, peu importe. En fait, ils me remplirent les poches de morceau de galettes (pour eux, des restes destinĂ©s au porc). Une partie de ce pain Ă©tait vraiment moisi mais avec cette faim tout Ă©tait bon…”
A 15 heures, Giovanni et ses camardes sont Ă©vacuĂ©s par une dizaine de cars de Calvi vers Corte, via Belgodere. Encore une nuit dehors. DĂ©part le lendemain, 27 septembre, autocars jusqu’Ă Ponte-Leccia oĂą le groupe prendra le train pour Calvi. Il faudra qu’ils attendent lendemain 28 pour faire le trajet. ArrivĂ©e Ă Calvi Ă 19h.30. Tout le monde est hĂ©bergĂ© Ă la citadelle oĂą le groupe est consignĂ© 20 jours durant.
Le 29 octobre parvient l’ordre d’aller embarquer Ă Bonifacio. DĂ©part Ă 6 heures du matin. arrivĂ© Ă Corte Ă 15 heures. Le lendemain, 30 octobre, rĂ©veil Ă 5 heures du matin. DĂ©part pour Bonifacio, ArrivĂ©e Ă la nuit dans les environs de la ville. Le 31 octobre, en dĂ©but d’après-midi, embarquement. Sortie du goulet de Bonifacio. TraversĂ©e du dĂ©troit et les voila en vue des cĂ´tes de Sardaigne. “Nous longeons les cĂ´tes de l’Ă®le de la Maddalena, Ă©crit Giovanni, oĂą l’imposteur Mussolini fut emprisonnĂ© [du 7 au 27 aoĂ»t. Puis emprisonnĂ© Ă Campoimperatore sur le Gran Sasso] puis libĂ©rĂ© par ces lâches Allemands… […] A 16 heures 30 entrĂ©e dans Palau. “Le dĂ©barquement Ă Palau marque le commencement d’une vie sereine et tranquille avec les amis de la 1ère Batterie du 79ème groupe. Maintenant attendons sereinement les Ă©vènements qui nous porterons Ă la victoire finale et Ă la complète destruction du fascisme et du nazisme. Je prie Dieu qu’il m’assiste afin que je retourne sain et sauf parmi les miens.”
Antoine POLETTI
* Le titre et les intertitres sont de la rédaction
(1) Von Senger und Etterlin. Témoignage sur la campgne de Corse. Ed.du Rocher. Monaco 1965
(2)Â Le operazioni delle unitĂ italiane nel settembre-ottobre 1943, Roma, Stato maggiore dell’esercito-Ufficio storico, 1975;Â Le operazioni delle unitĂ italiane in Corsica nel settembre-ottobre 1943. Atti del convegno di storia militare, Lucca, Associazione nazionale combattenti e reduci, 1987.P 589
(3) Idem P. 604
(4) Giovanni fait erreur. Il n’y a pas eu de chars Tigres en Corse. Les seuls chars prĂ©sents en Corse Ă©taient :
*Au nombre de 21, les SturmgeschĂĽtz, chasseurs de chars, munis de canon de 75 mm qui appartenaient Ă la ReichfĂĽhrer SS.
*Au nombre d’une centaine environ, les mĂŞmes SturmgeschĂĽtz (Panzer III) et les Panzer IV qui Ă©quipaient la Panzer Grenadier Division de Sardaigne.