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occupation, résistance et liberation - Des témoins racontent - La mort de Dominique Vincetti


Un antifasciste et un résistant de la première heure



Mort de Dominique Vincetti
Témoignage d'Albert Stefanini



Né le 29 septembre 1916, dans le village de Silvareccio, au cœur de la montagneuse Casinca, Domnique Vincetti, confronté aux difficultés ne va pas tarder à ouvrir son esprit aux idées généreuses de fraternité, de progrès, de justice sociale et de solidarité. Dès 1932, sa haine du fascisme implanté en Italie et du nazisme envahisseur de l’Allemagne le poussèrent à adhérer au Parti Communiste Français. Quatre ans plus tard, lorsque l’Espagne républicaine sera attaquée par Franco (soutenu par Hitler et Mussolini), il s’engagera dans les Brigades internationales avec son ami François Vittori et ses frères Antoine et Aurèle. Grièvement blessé au combat de Pozzo Blanco, il est hospitalisé plusieurs mois avant d’être rapatrié sanitaire en France, où il militera activement en faveur de l’Espagne républicaine. En 1939, alors qu’il était ouvrier électricien à l’arsenal de Toulon, il dépose, au début des hostilités.
contre l’Allemagne, une demande d’engagement volontaire qui lui sera refusée. En juin 1940, sur le port de Toulon, à l’annonce de l’armistice, il s’élève contre la capitulation. Il harangue les ouvriers et les matelots, il flétrit les capitulards et les traîtres et appelle à la Résistance ses camarades de l’arsenal. Cette action courageuse lui vaut d’être traqué par la police de Vichy. Obligé de quitter Toulon pour Marseille, mais tout autant activement recherché, il ne pourra y séjourner longtemps. Prévenu par un vague parent de l’imminence de son arrestation, il rentre en Corse à la fin de la même année. Et pour lui le combat sera permanent […]
Lui, Dominique, loin d’être attentiste est plutôt un homme d’action. Et le voilà reparti avec son camarade François Vittori, allant d’un village à l’autre à la rencontre des jeunes requis par le service du travail obligatoire (STO) pour leur demander de s’y soustraire de façon à mettre la politique de Vichy en échec et acquérir par la même occasion des résistants potentiels […]

Organiser la réception et la distribution des armes débarquées du sous-marin

(…) Le 9 juin 1943, le sous-marin Casabianca doit débarquer des armes à Travo-Canella, propriété de Dominique Poli, autre responsable dans la région de Solenzara . C'est une équipe de volontaires qui sera à la réception. Elle est composée de Jean Nicoli (Voir Génération des Amis N°5), André Giusti, Jules Mondoloni (Voir Génération des Amis N° 2), Paul Colonna d'Istria (Voir Génération des Amis N° 7), Dominique Lucchini (plus connu sous le pseudonyme de Ribellu), Bébé Arrighi et Dominique Vincetti qui ramènera de cette expédition tumultueuse un poste radio-émetteur dont la Résistance a le plus grand besoin.
(…) Dominique Vincetti s'installera à Casta, ce hameau de Santo Pietro di Tenda d'où il pourra rayonner dans cette vaste région plutôt sauvage qui va d Saleccia, dans les Agriates - où accostera le sous-marin Casabianca à deux reprises- jusqu'au plateau de Calamicornu prévu pour être l'important dépôt des armes débarquées à Saleccia. Et la route est longue, très longue.
L'organisation du travail des patriotes chargés de réceptionner, transporter et camoufler ce matériel de guerre évalué à 32 tonnes incombe à Dominique Vincetti. Il fera appel aux résistants volontaires du Nebbiu mais aussi à ceux de Pietralba, de Lama, de la Balagne, de la Costera et de la Marana pour accomplir cette dangereuse mission. Et ces volontaires sont trop nombreux pour être cités (environ 200). Il leur a fallu mépriser le danger pour traverser la route qui va de Saint-Florent à Ile-Rousse, avec des mulets chargés d'armes à proximité des troupes d'occupation qui y stationnaient. (…)
Le 19 août 1943, il ne reste plus que très peu d'armes dans cette maisonnette de Casta ; juste le chargement d'un petit camion. L'avant dernier a quitté le dépôt le matin même, conduit à bon port par Cècè Leoncini de Penta di Casinca. Lui, Dominique pouvait être fier d'avoir si bien rempli la mission qui lui avait été confiée.
Il s'entretenait avec Charles Galetti venu aux nouvelles, lorsque vers 16 heures le bruit sourd de trois camions qui viennent de s'arrêter tout près, attire leur attention. De la fenêtre ils voient un grand nombre de carabiniers prendre leurs dispositions pour donner l'assaut. Dominique et Charles prennent aussitôt conscience de la gravité de la situation ; ils n'envisagent pas de se rendre à l'ennemi ; ils seraient condamnés à mort et fusillés. Au contraire, ils décident de faire payer très cher leur éventuelle arrestation.
La lutte est engagée. Plusieurs ennemis tombent et les cartouches s'épuisent. Tous deux tentent de s'évader de la maison mais Dominique Hommage de la nation à Dominique Vincetti : La médaille de la Résistance lui a été décernée à titre posthume ainsi que le grade de commandant FFI. Le général Giraud l'a gratifié de la citation suivante : « Patriote corse, ayant au coeur l'amour de son pays et la haine de l'envahisseur. Fut parmi les premiers qui organisérent la Résistance dans l'île. Participera à tous les coups de main importants, à toutes les missions périlleuses et s'y distingua toujours par son audace, son courage et son esprit de sacrifice. Tombé sous les balles italiennes, ayant lutté; jusqu'au bout seul contre cent au soir d'une mission dangereuse qu'il venait de conduire à bonne fin. Est mort en criant sa foi dans la libération de la patrie et sa joie de mourir pour elle » Cette citation comporte la médaille militaire et la croix de guerre avec palmes.   doit s'arrêter : il est grièvement blessé. Il a tout de même la force de tirer une dernière rafale sur les assaillants pour protéger la fuite de son camarade de combat.

(1) Hélène Chaubin. Corse des années de guerre, 1939-1945. pp 13, 14. Editions Tirésias-AERI.


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