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Nelly, une vie pas tout à fait comme les autres

Henriette Dubois s’en est allée le 4 septembre à 98 ans. Membre de l’État-major zone sud des FTPF, co-présidente de l’ANACR nationale, secrétaire générale honoraire du Musée de la Résistance Azuréenne et militante communiste depuis l’âge de 16 ans, elle n’a cessé de s’engager, jusqu’à son dernier souffle, pour des idéaux de progrès et d’émancipation sociale.

Nelly DuboisIls l’appelaient tous Nelly. Elle avait choisi ce nom de guerre lorsqu’elle entra dans son premier jour de clandestinité, quand son contact lui demanda son pseudo sur le parvis de la gare Saint-Charles, à Marseille, en 1943. Nelly, comme l’héroïne de Quai des Brumes, interprétée par Michèle Morgan. Née en 1920, la même année que le Congrès de Tours, Nelly était celle dont l’Histoire se confondit longtemps avec celle du P.C.F. Elle grandit à Villefranche-sur-Mer où son père, proche des idées de Jaurès, lui insuffla l’esprit de contestation très tôt, face à la montée du fascisme tout proche.

Et c’est ainsi qu’avec les avancées sociales du Front populaire, elle s’engage dans la Jeunesse communiste en juillet 1936, particulièrement dans l’Union des Jeunes Filles de France, fondée par Danielle Casanova. Son adhésion au P.C.F. est acceptée en 1937 car Nelly, désormais orpheline, passe toute son énergie dans l’antifascisme en menant des actions contre la guerre d’Espagne et gère maintenant la correspondance du député communiste Virgile Barel. Elle rencontre Raoul Gastaud, secrétaire de la J.C. des Alpes-Maritimes qui deviendra son mari. Avec l’interdiction du parti en 1939 et l’arrestation des députés communistes, Nelly entre déjà dans la clandestinité. Avec les camarades, un parti clandestin est vite mis sur pied à Nice grâce au papier et ronéos cachés. C’est le Cri des Travailleurs, l’Humanité et l’appel de Thorez qui sont tapés par Nelly. Raoul fait prisonnier de guerre, elle continue sa vie dangereuse de militante en s’occupant son fils Michel, né en décembre 1940. Raoul est de retour, le combat clandestin perdure jusqu’en octobre 1943 où il sera de nouveau arrêté par la police de Vichy. Nelly est alors obligée de quitter les Alpes-Maritimes, devenues trop dangereuses, et part pour Marseille, puis Lyon en tant qu’agent de liaison pour l’État major FTP zone sud, laissant Michel, 3 ans, à sa belle-famille.

Une femme de l'ombre

Nelly rencontre son « patron » comme elle l’appelait. Boris Guimpel alias « Mailly », officier et responsable des 2e et 3e bureaux FTP Zone sud. Elle va ainsi parcourir la France entière, passant des messages, de l’argent et parfois des armes, au nez et à la barbe des Allemands et de la Gestapo. C’est dans un Lyon bombardé, où les sbires de Klaus Barbie déchaînent leur barbarie que Nelly et Mailly tissent des liens qui les lieront à jamais. À la Libération, Nelly sort de la clandestinité et prend part à la nouvelle administration de la France libre dans le cabinet de Raymond Aubrac. L’heure est aussi au bilan des pertes subies par le « parti des fusillés ». Tant de camarades tombés ou déportés manquent à l’appel. La guerre aura eu raison, aussi, de son couple.

Militante jusqu'au bout

Nelly prend part à la vie du parti aux côtés de Boris, en devenant conseillère municipale PCF en banlieue parisienne. Émancipation des femmes, Algérie et Vietnam. Nelly est de tous les combats. Puis, au décès de « Mailly » en 1979, Nelly retourne à Nice où elle sera un des membres fondateurs du Musée de la Résistance Azuréenne avec 3 autres Résistants : Antoine Conso, René Gilli et André Odru. En désaccord avec la ligne du parti, elle le quitte non sans un réel déchirement en 1996 et militera au PRCF avec d’autres Résistants comme Pierre Pranchère, son ami ancien FTPF de Corrèze ou encore Léon Landini, président du PRCF, officier des FTP­MOI. Nelly sera décorée une première fois par Henri Rol-Tanguy en 1997 puis par Cécile Rol-Tanguy qui l’élèvera au grade d’Officier de la Légion d’Honneur en 2012. Jusque dans les dernières années de sa vie, Nelly donnera des conférences et traversera la France pour l’Association Nationale des Anciens Combattants et Amis de la Résistance (ANACR) dont elle sera présidente d’honneur. Infatigable, alerte sur l’actualité qui la préoccupait, elle ne cessera jamais d’être à la pointe du combat antifasciste. À la jeunesse, elle dira : « Que reste-t-il de notre furieuse envie de vivre un avenir que l’on pouvait espérer radieux pour nous, nos enfants et petits-enfants ? En établissant le programme du Conseil National de la Résistance, celle-ci faisait œuvre de paix et ouvrait la voie à un ordre social plus juste et progressiste, d’où la violence, le racisme, la xénophobie auraient disparu. Notre déception présente est à l’image de notre enthousiasme passé ; je ne peux oublier mes camarades fusillés un jour d’été dans un champ fleuri ou torturés à mort ; tant que je le pourrai, je dirai à mes petits enfants et arrière petits-enfants qu’ils doivent connaître le passé pour préserver leur avenir, qu’ils n’acceptent jamais la servitude, qu’ils se battent pour leur dignité en toutes circonstances. »

Sébastien ROMERO

Photos de Sébastien Romero. Cet article a paru dans Le patriote Côte d'Azur n° 256 du 7 au 13 septembre 2018 et reproduit sur notre site avec l'aimable autorisation de l'auteur, son petit-fils.


Posté par antoine