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74ème anniversaire de la fusillade de La Brasserie nouvelle

17 juin 1943.La fusillade de La Brasserie nouvelle à Ajaccio, au cours de laquelle André Giusti et Jules Mondoloni sont morts face à l'ennemi, est commémorée chaque année dans leurs villages respectifs -Santa Maria Sicchè et Pitretu Bicchisgià - et à Ajaccio

Au nom de l'ANACR 2A, Christiane Pasqua à Santa Maria Sicchè, et Andrée Vespérini à Ajaccio ont prononcé les discours rendant hommage à André Giusti et Jules Mondoloni. A Santa Maria, Jacqueline Giusti a obtenu le concours des scolaires de l'école primaire de Grossetto-Prugna (Lecture de la lettre-testament de Charles Bonafedi et interprétation du Chant des partisans) et du collège de Santa Maria (interprétation du chant "Tu Dumenicu" de Jean-Paul Poletti)

Ceremonie Santa Maria SiccheL'ALLOCUTION

" Il y a 74 ans, des Résistants s'étaient donné rendez à "La Brasserie nouvelle", située à cet endroit.  Ils devaient échanger des informations en vue de préparer une réception d'armes imminente. Le rendez-vous était risqué ; une semaine auparavant, le radio Pierre Griffi avait été arrêté à la sortie d'Ajaccio, quartier Saint-Joseph ; la veille, devant la poste centrale, c'était le radio Michel Bozzi qui avait été arrêté par l'ennemi. Un ennemi aux abois. Mais en dépit du danger, la réunion fut maintenue quand même.
Si les Résistants avaient choisi « La Brasserie nouvelle » pour s’y réunir, c’est qu’ils savaient le gérant et sa famille acquis à leur cause. La suite des évènements le prouva. André Giusti et Jules Mondoloni ne survivront pas à la fusillade qui suivit l'irruption des hommes du contre-espionnage de l'occupant italien. Mais les pertes auraient été plus lourdes sans la complicité de la famille Stéfanaggi - celle de leur fille Rosette particulièrement -  qui permit à Pierrot Orsoni, Pierrot Stéfanaggi, Néné Franchi et André Carli de s'enfuir par la rue Fesch, via une arrière-salle du bar.

cérémonie Sta Maria. Les enfants de Grosetto-PrugnaAndré Giusti est entré en Résistance à Paris où il était chargé d’abattre les traîtres de la région parisienne. Traqué par la Gestapo, suite à l’attentat manqué contre Laval, il rentre en Corse. C’est à Santa Maria Sicché, le village de sa compagne Madeleine Ettori, elle aussi grande Résistante, qu'il s'est réfugié. En novembre 1942, il est contacté par Arthur Giovoni et Nonce Benielli, membres de la direction illégale du "Front national pour la libération et l'indépendance de la France". Ils lui confient la responsabilité d’organiser la Résistance dans la région.  Puis André Giusti sera chargé de mettre sur pied un réseau de renseignement. Sans relâche il sillonnera les routes de Corse pour relever les emplacements des installations ennemies, mais aussi pour réceptionner les armes et les distribuer.

Jules Mondoloni est mobilisé en juin 1940. Il combat à la frontière en juin 1940 pour empêcher l'avancée des troupes allemandes.  Ҫa lui vaudra une citation pour "sa conduite héroïque au feu". Il est fait prisonnier mais parvient à s'évader en octobre de la même année et rejoint la Corse. Il rencontre Jean Nicoli qui le charge de l'organisation de la Résistance dans la basse vallée du Taravu et  celle du Valincu. Plus tard, comme André Giusti, il sera chargé de  missions à travers toute la Corse. Lors de la fusillade du 17 juin, André Giusti mourra sur le champ. Jules Mondoloni, blessé, mourra deux jours plus tard à l'hospice Eugénie d'Ajaccio. A Jean Nicoli qui payant d'audace se rend à son chevet, il dira : " Je n'ai pas parlé…":

"Tu Dumenicu". chanté par des élèves du collège.André Giusti et Jules Mondoloni, c’était la Résistance en armes donc, mais on ne dira jamais assez qu’elle aurait été moins efficace, parfois impossible, si elle n’avait pas été entourée de la bienveillance -mieux : la complicité, de la population, là où elle évoluait.  Une complicité qui n'échappait pas à l'ennemi et les représailles suivirent quelques jours après ; elles frappèrent durement la population de Petreto Bicchisano, le village de Jules Mondoloni, haut-lieu de la Résistance insulaire : 37 hommes du village furent déportés.
L’écho de la fusillade de la Brasserie nouvelle retentit dans toute la Corse. Ce fut un tournant dans la prise de conscience de l’opinion insulaire.

*Certes on savait que des missions venues d’Alger avaient été débarquées clandestinement sur les côtes corses. On n’ignorait plus la mort héroïque de Fred Scamaroni au mois de mars passé. On savait les arrestations et la torture. On faisait le récit de bouche à oreille  des accrochages et des affrontements avec l’occupant.
* Certes on savait les arrestations de Résistants.
* On savait aussi que fin mai 1943, deux semaines auparavant, le Front national de la Résistance s’était montré au grand jour à Ajaccio, lors des obsèques du résistant Louis Frediani, lâchement abattu par l’ennemi, à l’aube, alors qu’il se rendait à son travail.
On savait tout cela. Mais la fusillade, en plein jour, en ville, - plusieurs morts côté italien,  deux parmi les Résistants - retentit comme « le tocsin de l’alarme » écrit Maurice Choury dans son livre « Tous bandits d’honneur ».  Et la répression qui suivit ne fit que grossir les rangs du maquis et attiser la haine de l'occupant dans la population. L'insurrection était proche.

Ces faits survenus il y a plus de 70 ans, appartiennent maintenant à l’histoire.
Si nous les commémorons c’est d’abord par gratitude pour ceux –soldats avec ou sans uniforme- qui nous ont rendu liberté et dignité. Mais pas seulement  pour cela. La Résistance nous instruit. Elle a pu unir dans un même combat des courants de pensée très divers : "ceux qui croyaient au ciel et ceux qui n'y croyaient pas", le gaulliste Fred Scamaroni et les communistes Giusti et Mondoloni.  "Tout nous divisait sauf l'essentiel" constatait le général Jacques Chaban-Delmas qui fut président d'honneur de notre association.  L'essentiel ? les droits de l'homme et du citoyen, bafoués qu'ils étaient par le nazisme et le fascisme qui abhorraient la Révolution française parce qu'elle les avaient promus. Aujourd'hui le combat continue : "Liberté, Egalité Fraternité", un combat toujours recommencé, en France et dans le monde.

Vive la Corse ! Vive la République ! Vive la France !

Posté par antoine