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Hommage à Danielle Casanova

Après une cérémonie à Piana, son village, le 9 mai, c'était le lendemain une autre cérémonie à Ajaccio pour rendre hommage à Danielle Casanova pour le 74ème anniversaire de sa mort à Auschwitz.

9 mai 2017. Cérémonie à Piana. Discours de M. Siméoni, président de l'exécutif de la Collectivité territoriale de Corse, lu par M. François Viangalli, conseiller du président.

Danielle Casanova. TimbreNous voici donc à nouveau réunis pour célébrer, en cette lumineuse matinée de printemps, la mémoire de Danielle Casanova. Merci à celles et ceux, au premier rang desquels Isaline et sa famille, qui se consacrent avec abnégation à faire vivre le souvenir et à en rappeler la pertinence, face aux exigences et aux risques du temps présent. Merci, aussi, de nous accueillir ici, en cette nature virgilienne, où l’olivier et la Méditerranée s’allient en un écrin somptueux dans lequel se niche, à l’abri des siècles, le merveilleux village de Piana.  Partout où le regard porte, tout n’est que paix et harmonie. Chaque sens, la vue, mais aussi l’odeur, la vue, le toucher, l’ouïe, exalte la douceur de vivre et le bonheur d’être homme. Comment ne pas se dire que Danielle Casanova a puisé une partie de son courage indomptable, de la minéralité de ses choix, dans la puissance fondatrice et mystérieuse de cette terre de Corse, cette terre qui est la nôtre, et que nous aimons tant ? Si nous sommes ici, c’est aussi, en ce 9 mai, date anniversaire de sa mort en déportation, pour réaffirmer que nous n’oublions et n’oublierons rien, ni de la vie de Danielle Casanova, ni de sa mort, ni de ce qu’elle nous a laissé, pour qu’à notre tour nous le transmettions aux générations à venir.

Danielle Casanova, née Vincentella Perini le 9 janvier 1909 à Aiacciu, une jeune fille d’Aiacciu partie à Paris, devenue l’épouse d’un militant communiste, et que rien ne prédestinait à la vie de fer et de feu qu’elle allait choisir. Danielle Casanova, entrée dans la clandestinité dès 1939, organisant dans l’ombre les cellules féminines en zone occupée, arrêtée par la milice française en 1942, morte à Auschwitz Birkenau le 9 mai 1943.

A qui appartient Danielle Casanova ? A nous toutes et à nous tous. Bien sûr à sa famille, si fière d’elle et dont elle même serait si fière. Bien sûr à son Parti, celui qui incarna, pendant la Seconde guerre mondiale et bien après, la lutte contre le nazisme et le fascisme, en même temps que l’espoir d’une humanité affranchie de toute exploitation. Bien sûr à la lutte et à la cause des femmes, elle qui convainquit et mobilisa tant d’entre elles pour combattre l’ennemi et qui contribua, par son engagement, à initier l’ère de l’égalité entre les sexes, un combat qui a beaucoup avancé, mais qui reste aujourd’hui encore à mener à son terme.

 Bien sûr à la mémoire de la déportation, elle qui mourut à Auschwitz, l’antre du mal absolu, le lieu géométrique de la négation de l’humanité en son essence même. Bien sûr à la mémoire de la Résistance, ce combat finalement victorieux parce qu’il s’est construit sur ce que l’homme et la femme savent produire de meilleur : la lucidité, la générosité, la fraternité entre les individus et entre les peuples, l’héroïsme, le sacrifice de soi-même pour que d’autres puissent vivre, la fidélité à un idéal de paix et de liberté. Bien sûr à la France et à l’Europe, qui la reconnaissent comme une figure majeure de leur histoire contemporaine. Bien sûr à la Corse et à son peuple, qui savent que les pages qui ont été ainsi écrites en lettres de larmes et de sang, par elles et par tant d’autres, sont parmi les plus glorieuses et les plus nobles de leur histoire collective.

Danielle Casanova nous appartient donc à toutes et à tous, quels que soient notre  sexe, notre couleur de peau, notre religion, notre langue.  Et si elle appartient si fortement à cette mémoire universelle, c’est parce que ses bourreaux ont échoué à la faire disparaître, comme ils avaient échoué à la faire plier ou abjurer.  Oui, Danielle Casanova, et ses frères et sœurs de Résistance, sont vivants, éternellement vivants, et plus que jamais présents à nos côtés. Ils vivent dans la mémoire des rues, des places, des timbres, des écoles, des collèges, des lycées. Ils vivent dans les poèmes d’Aragon, dans le chant des peuples en lutte contre la tyrannie, le fanatisme et l’obscurantisme, dans le rire des enfants, dans le combat toujours recommencé pour la justice, pour le bonheur, et pour la paix.

Le Capitaine Alexandre, chef de la Résistance en Provence, que la Libération rendit à son vrai nom de René Char, l’a écrit en quelques mots : « Pour qu’un héritage soit réellement grand, il faut que la main du défunt ne se voit pas »[1]. L’héritage de Danielle Casanova est infiniment grand. Et même si sa main ne se voit pas, elle continuera, en ces temps de tumultes, de risques et d’incertitude, à guider chacun de nos choix.


[1] Fureur et mystère (1948)

10 mai 2017.Cérémonie d'Ajaccio. Discours de Juliette Alesandri, membre de l' ANACR 2A

 

Cérémonie à Piana 201724 janvier 1943, le sinistre  convoi des 31.000 quitte Compiègne pour Auschwitz Birkenau, en route vers l'enfer. Danielle Casanova, Résistante, fondatrice de l'Union de jeunes filles de France est parmi les 231 femmes. Elle a 34 ans ce même mois. malgré  trois jours d'un voyage de cauchemar, les 70 survivantes entrent au camp en chantant LA MARSEILLAISE.

Dans sa dernière lettre, du fort de Romainville, Danielle avait écrit à sa mère, Mme Perini : "La victoire est en marche, nous ne baisserons jamais la tête. Je suis heureuse , de cette joie que donne la  haute conscience de n'avoir  jamais failli.". Mais à Auschwitz, Adélaïde Hautval qui assiste Danielle au revier (simulacre d'infirmerie), décrit une Danielle désespérée par le sort des ses compagnes "démunies de tout"… Très vite cependant, la femme de tête et d'action qui résisté à la Gestapo va organier la Résistance au camp. Son programme : trouver des emplois  aux femmes pour les sauver, prélever des médicaments, donner de sa propre et maigre ration, soutenir inlassablement ses compagnes.

Adélaïde Hautval témoigne : "..jusqu'au bout elle est fidèle à ce programme et cette fidélité même causera sa mort étant donné ses conditions de vie abominables. Au revier elle aurait pu survivre mais elle s'épuise et finalement le typhus l'emporte à 34 ans et 4 mois. Dans cet humanisme absolu la rejoint sa compatriote Maria de Peretti. Madeleine Aylmer-Roubenne témoigne à propos de Maria : " Il y eut des scènes de désespoir insupportables, et des actes inoubliables de bravoure : un jour, une femme [Maria] s'est approchée de l'une des prisonnières [désignée pour le four crématoire] qui hurlait sa peur, en la rassurant : 'Mais non, tu ne pars pas pour la chambre à gaz, tu pars réellement travailler en usine. La preuve : je viens avec toi' "
Maria l'a accompagnée et a été gazée.

Souci extrême du prochain chez ces deux femmes merveilleuses et pour nous aujourd'hui consternation de voir leur sacrifice bafoué en ces temps où les idées extrémistes, voire négationnistes menacent la démocratie dans ce monde dont l'ordre actuel dit Jean Ziegler qu'il est cannibale.

Comment Danielle, Maria, Noelle Vincensini, Odile Arrighi, Janine Carlotti, Marie Ely supporteraient-elles le fait que leur belle Méditerranée est devenue le cercueil d'enfants, de femmes et d'hommes fuyant la guerre et la misère ?
Comment Danielle, Marie-Louise Antelme, Graziella Canazzi, Marie-Thérèse Santini, Marie et Antoine Colombani, leurs compagnes et compagnons porteurs de l'étoile jaune ou d'un triangle de couleur, confinés dans leurs wagons, pourraient-ils souffrir que des êtres humains meurent asphyxiés dans des containers transportés clandestinement ?
Comment Danielle, Marie Brunetti, Faustine Chiarelli, Angeline Luciani, Agnès Romani, Françoise Ettori, Françoise Rugani, parquées derrière les barbelés supporteraient-elles ce monde où s'élèvent des murs et des grillages au nom de la xénophobie ?
[…]
Eh bien, elle ne l'accepteraient pas. Résister, le maître mot. non, la fille de Mme Perini ne s'est pas sacrifiée en vain, ses compagnes et compagnons ne sont pas disparus en vain dans la nuit et le brouillard. Leur esprit de résistance se manifeste dans la détermination de la jeune Malala ; dans l'espoir des femmes israéliennes et palestiniennes qui marchent pour la paix ; dans la lutte des femmes indiennes contre viol ; dans le combat des femmes kurdes contre Daesh ; dans chaque rébellion contre l'oppression et l'injustice.

Cet esprit de résistance nous fait espérer comme l'affirmait Nelson Mandela "qu'aucune cause n'est hors d'atteinte des femmes et des hommes quand leur conscience les soulève."

Juliette Alesandri
Posté par antoine