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Dominique Sampieri est décédé

Dominique Sampieri s'en est allé, brutalement ravi à l'affection des siens. A ses amis et camarades de Corse et du Var où il vivait, il laisse le souvenir de sa passion pour la chose publique, pour la vérité et la justice sociale, toujours prêt au dialogue et au débat, servi qu'il était par ses talents de pédagogue. Ses livres en portent témoignage.

1943.gifPas plus que Jean Ferrat ne chantait pour passer le temps, Dominique Sampieri n'écrivait, lui, en dilettante. D'où le choix qu'il avait fait du roman historique comme mode d'expression littéraire ; dans le vrai de l'histoire il construisait sa fiction où évoluaient des personnages vraisemblables dans des situations plausibles ; telle cette jeune femme en butte aux préjugés de son temps. Ambiance garantie ! Parmi les ouvrages de Dominique Sampieri (1), "L'été 43" à Ajaccio et dans les environs sous l'occupation. En fait, le récit commence avant 1943 et se poursuit à Toulon après la libération de l'île. La Résistance est celle d'hommes et de femmes "ordinaires" ; elle n'est pas écrite sur le mode épique. Quant à la population, il l'a décrit "... dans la succession des jours privés d'espoir (où) on s'enlisait dans de médiocres accommodements, de mesquins arrangements, une quotidienne débrouille, toute une rouille qui brouillait les repères, érodait les convictions et menaçait l'âme" (2). Loin donc des clichés en noir et blanc ; plutôt dans cet entre-deux "parce que, remarque Pierre Laborie, le dualisme ne fournit (...) que rarement une bonne grille d'analyse des attitudes et comportements" (3); plutôt une zone grise qui dominait, avec une infinité de nuances, mais qui ne doit pas "être seulement interprétée comme une variante du noir et de la honte" (3); une zone grise qui ne doit "pas cacher les rais de lumières qui l'ont traversée, fragiles, discrets mais tenaces et surtout décisifs" (3). Dominique Sampieri ne les cache pas, il les exalte.

Il voulait ce roman "comme témoignage d'un temps qui, sortant de la nuit obscure, semblait s'ouvrir aux jours heureux". "Semblait..." parce que ce qui est advenu n'est pas à la hauteur des sacrifices et des espérances de la Résistance. C'est vrai ! mais fort de sa connaissance de l'histoire, Dominique Sampieri savait mettre un présent décevant à distance entretenant ainsi cette "increvable espérance" pour l'avenir.

(1) "La faux et le fusil", "Petites œuvres provençales", "Les châtaigners de Bocognano" (Ed. Les Presses du Midi)
(2) "L'été 43". Ed. Les Presses du Midi.2004 p.150
(3) "Le chagrin et le venin". Pierre Laborie. Ed. Bayard.2011. p. 262

Posté par antoine