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72ème anniversaire de l'insurrection libératrice

Mercredi 9 septembre, en présence des autorités civiles et militaires, devant le monument de la Résistance à Ajaccio, a été commémoré le 72ème anniversaire de l'insurrection libératrice du 9 septembre 1943. Avant le traditionnel dépôt de gerbes et les hymnes, c'est Mario Papi qui au nom de l'ANACR a prononcé le discours rendant hommage à la Résistance insulaire.

Cérémonie du 09.09.2015Au nom de l’ANACR de la Corse du Sud, je salue avec respect les personnalités civiles et militaires, les présidentes et présidents d’associations patriotiques et leurs porte-drapeaux, les Ajacciennes et les Ajacciens de toutes générations qui honorent de leur présence cette cérémonie commémorative du 9 septembre 1943.
Ce jour-là, au lendemain de la diffusion de la nouvelle de la capitulation de l’Italie fasciste,  nouvelle qui, le soir même avait donné lieu à une manifestation spontanée et massive sur le Cours Napoléon et devant la Préfecture, siège de la collaboration avec les occupants fascistes et nazis de la terre corse depuis le 11 novembre 1942, ce jour-là, 9 septembre 1943, juché sur le toit d’une ambulance, Maurice Choury lançait à la foule dense et enthousiaste des Ajacciens rassemblés devant l’Hôtel de Ville, l’ordre d’insurrection rédigé au cours de la nuit dans la chambre de Robert Giocanti à l’issue de la réunion des membres présents sur place du Comité Départemental du Front National de Lutte pour la Libération de la France : «Le 9 septembre c’est l’aube qui chasse les ténèbres de la nuit noire dans laquelle la Corse vit depuis 11 longs mois». Ainsi s’exprimait Jérôme Santarelli, Président de l’ANACR 2A dans le discours qu’il prononçait en ce même lieu il y a 11 ans.

Il convient de souligner fortement qu’il s’agit là d’un appel à la population d’Ajaccio et de la Corse entière, car le peuple de Corse est l’élément central pour les dirigeants de ce front composé de l’ensemble des mouvements de Résistance : Communistes, Gaullistes, Radicaux, Bonapartistes, Socialistes, sans parti, de toutes opinions philosophiques et religieuses qui s’étaient dressés contre le fascisme, le nazisme, la barbarie et l’oppression tous rassemblés sous la devise «Forti saremu se saremu uniti» et dans l’objectif que «la libération de la Corse serait l’œuvre, en premier lieu, du peuple corse». Le seul rappel de ces faits et de ces lignes directrices rend vaines et dérisoires les déclarations tendant à attribuer à l’une ou l’autre de ces composantes le mérite exclusif de la Résistance et de la Libération de la Corse occupée depuis le 11 novembre 1942 par 80 000 soldats de Mussolini suivis de 10 000 soldats d’Hitler.

Certes, ou plutôt hélas, en Corse comme ailleurs sur le territoire français certains s’accommodèrent de la débâcle de 1940, de l’instauration du régime de Vichy, de la collaboration et de l’occupation. Certains même allaient jusqu’à vanter les vertus du fascisme et approuvaient le discours irrédentiste de Mussolini sur la reconquête de la Savoie, de Nice et de la Corse. Envers ceux-là, le Conseil de Préfecture composé d’Arthur Giovonni, Henri Maillot, François Vittori, Maurice Choury et Paul Cesari en place depuis le 9 septembre 1943 au matin, en même temps qu’il déclare le rattachement de la Corse à la France Libre, annonce la dissolution des organisations antipatriotiques et l’arrestation de leurs chefs

A l’opposé de ces traîtres à la Corse et à la France et ce, dès le 4 décembre 1938, face aux prétentions annexionnistes de Mussolini, des hommes debout prononçaient le Serment de Bastia : «Sur nos berceaux et sur nos tombes, nous jurons de vivre et de mourir français». Oui c’est bien la détermination à lutter contre le fascisme et pour garder la Corse française que la Résistance en Corse prend corps et prend force dans l’union de ses différents réseaux. Et si dès le lendemain de la nouvelle de la capitulation italienne l’appel à l’insurrection populaire est suivi d’effets non seulement à Ajaccio, mais se répand telle une traînée de poudre à travers toute la Corse, c’est parce-que les dirigeants du Front National de Lutte pour la Libération de la France ont établi sur l’ensemble du territoire de l’île des ramifications, distribué des armes acheminées par les sous-marins ou par parachutages et surtout ils ont su convaincre la population qu’elle a en elle les ressources pour se libérer. C’est pourquoi dès le 9 septembre 1943, le peuple de Corse se soulève pour chasser l’occupant qui l’a humilié, opprimé, appauvri et spolié pendant ces 11 interminables mois, l’occupant qui a ôté la vie ou la liberté à des dizaines de ses enfants parmi les plus valeureux.

Il convient également de rappeler que la décision du soulèvement populaire prenait en compte la certitude acquise par les chefs de la Résistance, en particulier Paulin Colonna d’Istria, qu’une partie des soldats italiens viendraient avec leur armement aux côtés des patriotes. D’ailleurs en même temps qu’il appelle les patriotes corses à prendre les armes contre Hitler, l’ordre d’insurrection appelle les soldats italiens «avec nous contre l’ennemi de l’Europe !» Ainsi grâce à ce renfort et à la hardiesse des patriotes l’avancée de la 90ème Panzer Grenadier Division débarquée dans le sud de l’île depuis la Sardaigne pour rejoindre le front italien, cette avancée a été considérablement retardée et l’on peut affirmer que non seulement les Corses se sont libérés eux-mêmes mais qu’ils ont contribué à contrarier les plans de la Wehrmacht

Les Corses pouvaient et peuvent être également fiers d’avoir pris une part décisive dans la libération du territoire national en renforçant l’espoir des résistantes et résistants du continent. Ils ont concrétisé les propos que leur adressait Maurice Choury il y a 72 ans : «Fiers d’être le premier département français libéré, nous marcherons vers la Libération Nationale de la Patrie. L’aigle volera de clocher en clocher jusqu’aux tours de Notre-Dame.» Les patriotes corses en libérant leur île malgré le fait que le commandement de la France Libre et les Alliés aient élaboré une toute autre tactique, offriront aux forces alliées non seulement les hommes de 22 classes d’âge qui s’engagèrent dans l’armée de Libération mais aussi un formidable porte-avions, La Corse, «USS Corsica» qui sera une base stratégique considérable notamment lors du débarquement de Provence le 15 août 1944.

Rappelons-nous aussi, que, bien que placé devant le fait accompli, le gouvernement d’Alger a dépêché dans les jours qui suivirent ce 9 septembre 1943, 108 soldats du 1er bataillon de choc entassés dans le valeureux sous-marin Casabianca parmi les magnifiques hommes d’équipage sous les ordres du glorieux Commandant L’Herminier. Souvenons-nous également des 5 200 autres soldats débarquant à Ajaccio entre le 15 et le 28 septembre 1943 : la 4ème division marocaine de montagne composée du 1er régiment de tirailleurs marocains, 2 escadrons du 4ème régiment de spahis marocains et le 3ème groupe du 69ème régiment d’artillerie algérien ainsi que les soldats du 2ème groupe de tabors marocains. Ils ont gagné le droit à la reconnaissance éternelle des Corses car ils se sont battus et beaucoup ont laissé leur vie pour notre terre qu’ils ne connaissaient pas et personne sur notre terre de Corse ne s’est préoccupé ni de leur origine, ni de leur croyance religieuse ! Nous n’oublierons jamais toutes celles et ceux qu’il est difficile d’évoquer, ne serait-ce que par leur nom tant le martyrologe de la Résistance Corse est long, morts sur leur terre corse ou dans d’autres contrées de France et d’Europe pour la liberté et pour un monde pacifique et juste.

Respectons leur mémoire non seulement en ces instants commémoratifs mais dans nos comportements quotidiens afin que reculent et disparaissent les nuées qui menacent chaque jour davantage notre planète et l’humanité, faisons rempart à la misère, à la violence, aux intégrismes, à la barbarie, au racisme, à la xénophobie et à l’exclusion.
Honneur et respect pour les combattants engagés ou tombés pour que notre île recouvre la liberté.

Vive la Corse, Vive la République, Vive la France !

Posté par antoine