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76ème anniversaire de la mort de D. Casanova

Après Piana le 9 mai, c'était le lendemain à Ajaccio qu'était commémoré l'anniversaire de la mort de Danielle Casanova, précisément au pied de l'immeuble où elle est née et a vécu jusqu'à son départ à Toulon pour y passer ses baccalauréats. A la traditionnelle cérémonie participaient les associations d'Anciens Combattants et leurs porte-drapeaux, les autorités civiles et militaires qui tour à tour ont déposé leur gerbe après l'allocution prononcée par Christiane Pasqua.

Cérémonie 10 mai 2019 à AjaccioLa cérémonie s'est clôturée par la sonnerie aux morts et la Marseillaise que Danielle avait chantée avec ses 230 compagnes d'infortune à l'entrée du camp d'Auschwitz où elle mourut, laissant médusés les SS du camp.

Allocution de Christiane Pasqua, membre du bureau de l'ANACR 2A

"Il y a 76 ans, le 9 mai 1943, mourait à Auschwitz Birkenau, emportée par le typhus, Danielle Casanova née le 9 janvier 1909. Elle avait fêté ses 34 ans, quelques mois auparavant, avec ses compagnes d'infortune du fort de Romainville où elle était emprisonnée. C'était quelques jours avant sa déportation vers Auschwitz Birkenau le 21 janvier. "Fêté" vraiment ! … une petite fête lors de laquelle ses amies lui avaient offert des cadeaux confectionnés avec des bouts de tissus et de cartons. Il fallait garder la tête haute, comme un défi lancé à la face de leurs geôliers.
Tout aussi incongrue fut la fête du nouvel an 1943 quelques jours auparavant. Marie-Elisa Nordmann, sa codétenue, s'en souvient. Avec quelques camarades, Danielle "avait composé une revue historique qui montrait la lutte éternelle du peuple français pour la liberté. En deux ou trois heures des costumes furent confectionnés avec tout ce qui pouvait tomber sous la main. Enfin ce fut la représentation. Danielle habillée d'une cuirasse en carton blanc incarnait magnifiquement Jeanne d'Arc, et celles qui l'ont vue ne sont pas près d'oublier."
Indomptable ! Ce superlatif lui va bien. Depuis l'âge de 18 ans où elle est arrivée à Paris pour y faire ses études en "Dentaire", elle milite au sein de l' "Union fédérale des étudiants" puis au sein des "Jeunesses communistes" où elle accèdera au plus hautes responsabilités nationales et internationales. Elle y rencontre Laurent Casanova qui deviendra son époux. Elle fait entendre la voix des femmes - et quelle voix ! - à une époque où les femmes n'avaient pas plus de droits qu'un mineur ou un handicapé mental. Danielle est de tous les combats, notamment pour le Front populaire et la défense de la république espagnole.
Indomptable, elle l'était au fort de Romainville, comme elle le fut à la prison de la Santé et au siège de la Gestapo, rue des Saussaies. Indomptable comme elle le sera à Auschwitz Birkenau.

Après six jours de galère, le convoi arrive au petit jour dans un paysage blafard. Il fait froid. La plaine est enneigée. On devine les baraquements du camp. Le train s'arrête dans le crissement lugubre des freins sont aussitôt relayés par les cris des SS accompagnés de leurs chiens . Les matraques voltigent pour faire aligner ces 231 femmes de tous âges avant leur entrée au camp. Elles avaient connu les dures conditions de la prison mais là elles découvrent, effarées, l'enfer concentrationnaire. Et la peur les saisit.
Danielle regarde ses compagnes. A quelques pas d'elle marche Raymonde Salez, qui avait été secrétaire des Jeunesses Communistes de Paris-Est. Le 14 juillet 1941, dans Paris occupé, Raymonde était à la tête de la manifestation des boulevards, drapeau tricolore déployé, chantant la Marseillaise.
Danielle regarde Raymonde et se souvient de la manifestation. Il faut chanter la Marseillaise, pense-t-elle. Mais elle, avec sa voix si fausse, il ne servirait à rien qu'elle commence. Dans un souffle, elle dit : " Raymonde, La Marseillaise..." Et Raymonde, de sa voix claire, entonne l'hymne de la liberté, aussitôt suivie par ses compagnes qui chantent à tue-tête, comme elles ne l'avaient jamais fait jusque-là.
Les SS sont médusés. Les Françaises passent la porte du camp. Manca Svalbova, la doctoresse tchèque du revier, l'infirmerie du camp, se souvient. C'est inouï au sens propre du terme. « Pour la première fois, nous respirons profondément, avec un goût de liberté », raconte Manca. A Auschwitz-Birkenau, le chant des Françaises a fait un tabac. C'était une première. Il n'y aura pas de seconde fois." […] Quand Danielle arriva, dès qu'elle m'eut donné la main et à son regard, je sus qui était Danielle Casanova. […] Danielle parlait peu. Très vite pourtant elle incarna pour nous toutes un idéal. Elle devint un symbole, et pas seulement un exemple pour les Françaises. De cette intellectuelle, de cette personnalité de grand style, rayonnait un charme enchanteur. Elle n'avait pas le retranchement des intellectuels mais au contraire, une façon particulière d'approcher et d'attirer à elle les couches sociales les plus différentes, les opinions politiques les plus divergentes. A chacun, elle savait parler de son propre langage. J'avais l'impression qu'elle avait elle-même vécu tous les sorts. Avec quelques phrases à vous envelopper, à vous embrasser, il vous semblait avoir toujours connu son visage, et que ses bras vous avaient déjà sauvé ».

Voila qui était Danielle Casanova, celle qui vécut ici son enfance et une partie de son adolescence avec ses parents instituteurs et ses frères et sœurs. Alors on l'appelait Lella. Elle est devenue une figure nationale emblématique de la Résistance féminine. Emblématique. Danielle au nom de toutes les autres dont l'histoire fait encore trop silence. Cette cérémonie leur est dédiée aussi. Toutes n'ont pas été déportées heureusement. Toutes ne peuvent pas être citées mais rappelons quand même cette autre belle figure féminine insulaire, celle de la doctoresse Maria De Peretti, originaire de Levie

Madeleine Aylmer-Roubenne a fait le récit de la vie au camp de Ravensbrück  où elle a connu Maria de Peretti Della Rocca. Elle témoigne:

" La sélection des femmes s'opérait presque ouvertement. (...) Le  SS leur racontait qu'elles partaient travailler en usine. […] Il y eut des scènes de désespoir insupportables, et des actes inoubliables de bravoure : un jour, une femme s'est approchée de l'une des prisonnières qui hurlait sa peur, en la rassurant : " Mais non, tu ne pars pas pour la chambre à gaz, tu pars réellement travailler en usine. La preuve : je viens avec toi !"
Elle l'a fait et a été gazée.
" Au Lager, poursuit Madeleine Aylmer-Roubenne, l'autre pouvait être la lumière, la solidarité, sans laquelle dans cet enfer nous n'aurions pu survivre. Et aussi la grandeur d'âme, les limites de l'être sans cesse dépassées... Je pense très précisément à la doctoresse Maria Peretti Della Rocca, à la religieuse mère Marie-Elisabeth et à la doctoresse Tchenka, pour ne citer que des mortes... " Et nous ferons nôtre pour conclure ces paroles de Madeleine Aylmer-Roubenne : "Ces femmes sont des figures dont l'humanité ne peut que s'enorgueillir et qui nous permettent de croire en l'homme."

Vive la République, Vive la Corse, Vive la France.

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Posté par antoine