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76ème anniversaire de la mort de F. Scamaroni

Comme chaque année, les Ajacciens ont rendu hommage à Fred Scamaroni, héros et martyr, figure emblématique de la Résistance des FFL en Corse. Au contraire de la mission Pearl Harbour qui dura jusqu'à la Libération, la mission de Fred Scamaroni, mission Sea Urchin (oursin), comme celle commandée par Guy Verstraete, la mission Frédérick, ne survivront que deux mois après leur arrivée en Corse; toutes deux victimes de trahison, et d'erreur fatale du S.O.E. pour Scamaroni.

Avec la mort de Fred Scamaroni, l'armée italienne ouvrait , ce 19 mars 1943, la série du martyrologe de la Résistance insulaire qui s'achèvera le 30 août 1943 par l'exécution de Jean Nicoli, Michel Bozzi et Jean Luiggi.
Comme chaque année, le 19 mars, les Ajacciens souviennent. La cérémonie s'est déroulée devant la statue du héros en présence des autorités civiles et militaires, à l'exception des élus de la Collectivité de Corse, du député et du sénateur, absents et non représentés. La cérémonie a commencé par la lecture de deux poèmes -inconnus jusqu'à ce jour - écrits par Fred Scamaroni, lus par sa nièce Christiane Devaux-Scamaroni. La cérémonie s'est poursuivie par l'allocution d'Andrée Vesperini, secrétaire de l'ANACR 2A.

Liens : La mission Sea Urchin

L' allocution d'Andrée Vesperini

Cérémonie Fred Scamaroni 2019" La Corse a versé son sang pour la défense de la République, pour la défense de nos valeurs, pour la lutte contre le nazisme et le fascisme. Nous sommes tous, ici, rassemblés pour saluer la mémoire d’un combattant valeureux. Un combattant qui, avec tant d’autres, a donné sa vie pour que vive notre idéal de liberté, d’égalité, de fraternité. Dans une époque troublée, il a su, comme beaucoup de femmes et d’hommes, écouter sa conscience, et assumer la charge de notre héritage. Un héritage qui était menacé par les tentations les plus abjectes. Si notre République a traversé les orages de l’histoire, elle le doit à toutes celles et tous ceux qui, avec courage, se sont battus et n’ont jamais renoncé.
"Il y a 76 ans, Fred SCAMARONI, préfet de la République, s’est sacrifié pour que la Corse se libère de l’oppression. Son sacrifice permettra à cette île, six mois plus tard, d’être le premier département français libéré. La Corse a résisté. La Corse s’est libérée. A travers les épreuves, les souffrances, elle est toujours restée fidèle au serment de Bastia, prononcé le 4 décembre 1938, en réponse aux revendications mussoliniennes : « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir Français ». Ces mots résonnent avec force. Ils disent tant de choses sur ce qu’est la Corse, sur la place qu’elle occupe au sein de notre Nation.
"Fred SCAMARONI fait partie de cette longue liste de Corses morts pour la France. Dès l’invasion de la Pologne par l’Allemagne hitlérienne, en septembre 1939, il part au front. Volontaire dans l’aviation, il est blessé le 19 mai 1940, et perd une partie de sa capacité visuelle. Mais il refuse l’impuissance et la soumission devant l’ennemi ! Avec quelques camarades aviateurs, il répond à l’appel du Général de Gaulle en rejoignant, dès juin 1940, l’Angleterre. Après plusieurs missions périlleuses dans les Forces Françaises Libres, notamment en Afrique, il s’engage dans la Résistance et crée l’un des tous premiers réseaux, un maquis et une filière d’évasion vers l’Espagne.
Connu dans la Résistance sous différents noms, et notamment celui de François Edmond SEVERI, il rêve de faire de la Corse le premier département français libre. Et c’est sous cette identité qu’il arrive sur l’ile, le 7 janvier 1943. Commence alors la constitution d’un réseau afin de faire face aux 80 000 italiens qui occupent l’ile. Fred SCAMARONI est particulièrement actif et accomplit de nombreuses opérations, avec bravoure. Arrêté le 19 mars 1943, avec une dizaine de ses compagnons, il est emprisonné à la Citadelle d’Ajaccio. Malgré les tortures qui lui sont infligées, Fred SCAMARONI ne parlera pas. Preuve suprême de son courage, il choisira de mettre fin à ses jours dans sa cellule.
Avec la décision de sa mort s’accomplissait une vie exemplaire : ses ultimes moments dans le droit fil de son existence, le suicide comme dernier acte de foi et d’espérance pour un monde meilleur qu’il ne connaitra pas. Fred SCAMARONI n’est plus là pour entendre ce 8 octobre 1943, les clameurs de la foule qui a envahi la place du diamant pour écouter le chef de la France libre venu saluer la résistance de ce "Premier morceau de France libérée."

Cérémonie pour le 76ème anniversaire de la mort de Fred ScamaroniDe Gaulle prononcera un discours historique, tirant la leçon de l’espoir qui a mené l’action des Corses, et soulèvera bientôt la France entière. Il se recueillera devant le monument aux morts et devant la tombe de Fred Scamaroni, à qui la croix de la Libération sera attribuée, avec cette citation à l’ordre de la nation : « Magnifique officier, modèle de courage et d’esprit de sacrifice, rejoint les Forces Françaises Libres en juin 1940 ; fait prisonnier à Dakar, devient dès qu’il est libre un des militants de la résistance clandestine. Poursuivi par la Gestapo, parvient à rejoindre l’Angleterre en janvier 1942. Se porte à nouveau volontaire pour une mission tout particulièrement dangereuse en Corse. Arrêté, abominablement torturé, ne révèle rien. Pour échapper à ces tortures et éviter de céder à la souffrance, se suicide en se déchirant la gorge avec un morceau de fil de fer trouvé dans la cellule.
Ce parcours, tout entier au service de la France, doit nous servir d’exemple : on ne transige pas avec les valeurs de la République ! A l’hommage que nous rendons, aujourd’hui, à Fred SCAMARONI, il faut ajouter le souvenir des grands noms de la Résistance en Corse : le Général Paulin COLONNA D’ISTRIA,  Arthur GIOVONI, Maurice CHOURY, Henri MAILLOT, Jean NICOLI,  François VITTORI, les radios Pierre GRIFFI et Michel BOZZI, Charles  ANDREI, Guy VERSTRAETE alias  VERNUGE.  Ces résistants, ces combattants de l’ombre n’ont jamais renoncé, n’ont jamais transigé. Les valeurs que la Corse a aidé à faire renaitre, avec la France de la Libération, elle les porte en elle. Elle les porte quelles que soient les vicissitudes, les violences et les contestations auxquelles elle est confrontée.

Aujourd’hui encore les fanatiques s’attaquent à nos valeurs d’égalité et de solidarité. Comme les Résistants refusons de laisser à nos enfants et petits-enfants un monde où le fascisme le racisme l’antisémitisme, l’intolérance règnent.  Ce combat doit être une préoccupation de tous en premier lieu des pouvoirs publics des médias et du système éducatif. A l’ignorance et aux préjugés tenaces nous devons opposer la connaissance. Aujourd’hui, nous nous inclinons devant cet homme d’exception que fut Fred SCAMARONI, en rappelant la phrase de Maurice SCHUMANN : « Sa mort a dépassé sa vie, SCAMARONI fut surhumain sans jamais cesser d’être humain ». En lui rendant hommage, nous ne rappelons pas seulement le dévouement absolu de nos anciens et leur sacrifice. Nous n’exprimons pas simplement une gratitude profonde. Nous faisons vivre la Corse, sa mémoire. Nous faisons vivre la République française et ses valeurs.

Vive la Corse
Vive la République !
Vive la France !

Andrée Vesperini
Deux poèmes écrits par Fred Scamaroni

Folies douces

Dans le trop plein azuré de mon cœur, il y a d'étranges choses.
Couleurs, sons, parfums dansent une sarabande effrénée sur les cordes
trop tendues de ma lyre frémissante.
Le soleil de mon ciel est tellement aveuglant que j'y vois mille couleurs,
tout un arc en ciel éclatant, comme après la pluie.
La rose qui a éclos dans mon jardin n'est pas comme les autres roses.
On dirait qu'elle est née d'un baiser d'une fée.
Elle a gardé dans la nacre de son pétale l'éclat du rayon de lune qui
accompagnait la fée.
J'aime les ocres, les marrons, les ors et une teinte rose au milieu.
J'aime les coussins des fleurs rares et les parfums lourds.
J'aime les couchers de soleil sur la mer, les autres sur les neiges, les
nuits étoilées d'un ciel d'été.
J'aime les chaudes soirées de juin après une averse lorsque les fleurs
sont bruissantes et que de la terre, monte un parfum pénétrant.
J'aime la pluie sur la ville lorsque ma chambre est chaude et qu'il fait
froid dehors.
J'aime l'odeur des acacias dans les jardins des villes.
J'aime.... je ne sais quoi ....Des choses que je ne peux atteindre....trop
loin....toujours plus loin.....le rêve....... la Beauté.....l'Idéal.

Fred SCAMARONI, Orléans, après une lecture de Rimbaud, 17 juin 1940

Puissance du rêve

O ! T'avoir là, près de moi, sentir ta présence !
Il fait si bon. L'air est doux et parfumé, un vent léger passe dans mes
cheveux, les feuilles bruissent au-dessus de ma tête et j'aperçois un coin
de ciel dans les intervalles qu'elles laissent.

Je n'ai pas besoin de te regarder, de te parler, je te devine je te saisis mieux ainsi.
Ma pensée erre avec la tienne que tu le veuilles ou non.
Je n'ai pas besoin que tu m'aimes en ce moment, cela m'est égal.
Tu es venu, tu es là, je sens ta présence, Paradis sur terre, je t'aime.....

Fred SCAMARONI, Vichy, à cause d'hier dans le jardin du casino. 12 août 1940




Posté par antoine