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Les combats d'Usciolu et Bacinu

Les Allemands savent les S.S. de Quenza en très mauvaise posture. Ils vont tenter de les délivrer. Ils veulent aussi, une fois pour toutes, s'assurer la possession de la route stratégique [de Sotta vers l’AltaRocca] et, ne voyant pas de troupes régulières en face d’eux, pousser une pointe sur Ajaccio pour interdire leur débarquement. (Extrait de "Tous bandits d'honneur" de M. Choury)

Tunnel_BacinoLe 15 septembre, une colonne forte de plus de cent camions, avec trois mille Allemands et chemises noires fidèles à Mussolini, protégée par sept chars lourds (1), s’ébranle de Porto-Vecchio, canonne Sotta (2)  et monte en direction de Levie. La menace est sérieuse. Le général italien Ticchioni, abandonnant ses excellentes positions défensives de Zonza, se retire sur Aullène, derrière les montagnes, avec son artillerie, sa D.C.A., ses pièces anti-tanks et ses vingt chars...
Une partie de la colonne allemande a d'abord essayé de franchir le col de l'Ospedale. La fameuse riposte des patriotes à l’ultimatum allemand l'a stoppée. Un avion de reconnaissance a remarqué que la route stratégique est libre. En effet, n’a-t-on pas ouvert les barrages dressés sur la route pour permettre le repli italien de la côte vers Levie ?
Une centaine de patriotes farouches de Sotta, sous les ordres du jeune sous-lieutenant Luciani, pour la plupart pieds nus et en haillons, avec deux F.M., des mitraillettes et des fusils de chasse, veillent près du tunnel routier d’Usciolo: un tiers de l’effectif en avant-poste sur un éperon rocheux 150 mètres avant le tunnel, le gros de l'effectif sur les rochers surplombant le tunnel, un groupe de combat à la sortie.
Le 15 au matin, la colonne ennemie approche. En tête flottent les drapeaux  italien et français : les patriotes sont abusés. Trois d'entre eux (3)  quittent les rochers et s'aventurent sur la route pour vérifier l'identité du convoi. Ils sont reçus par la mitraille. Jacques Pietri (de Salvedileo) riposte, permettant le dégagement de ses camarades.
La lutte s’engage, furieuse. Pierre Susini, un homme de soixante-deux ans, avec ses volées de chevrotines abat un homme à chaque coup en grognant  «Mort à l’envahisseur». Il invective l'ennemi: «C'est un ancien combattant de la guerre 1914-1918 qui vous parle: vous ne digérerez pas ce que vous avez mangé en Corse. Pas un de vous n’en doit réchapper.» Simon Pacini, à côté de son F.M., tombe, les reins touchés. Son servant, Paul Milleliri (4), de Canceraccia, grièvement atteint, fait feu de son pistolet jusqu’au dernier soupir.
Stele_BacinoEngagé dans le tunnel, l'ennemi n'ose pas ressortir. Emporté par son ardeur, Paul Milleliri (4), de Borivoli, se précipite dans le repaire, tire à bout portant jusqu'à épuisement des cartouches. Il est pris et fusillé peu après. Exaspérés par une telle résistance, les Allemands font feu de toutes leurs armes, mitrailleuses lourdes et canons. Jérôme Comparetti, de la Section F.N. de Bonifacio, et Jean-Paul Culioli, premier adjoint au maire de Sotta sont faits prisonniers par les S.S.
Des blocs de rocher volent en éclats sous les coups des mortiers ennemis. Fermes, les patriotes tirent sans arrêt. Le cantonnier Jean-François Pietri brûle trois cent cinquante cartouches. En bas, les ennemis hurlent de rage et de douleur. Mais les munitions s'épuisent. Le responsable militaire du poste avancé, le sergent-chef Pacini, donne l’ordre de repli. La colonne passe, emportant ses blessés et vingt cadavres. Jean-Paul Culioli s'évade. Et le vieux Susini tire toujours... 

Maurice Choury


(1) Dont quatre «Sturmgeschütze» de 23 tonnes, armés de canons de 75
(2) Adrienne Paccini, veuve Serra, est tuée, François Faby blessé
(3) Etienne Rudi, Grimaud Filippi et le jeune Ange Culioli
(4) D'après le rapport établi par le responsable du Front National de sotta, trois Milleliri Paul sont présents à Usciolu. Deux sont morts aux combat : Paul Milleliri de Feu Jacques (Illisible), Paul Milleliri de feu Antoine Marc (Borivoli). Un autre Milleliri de Borivoli, Paul Toussaint, est présent à Usciolu.

Posté par cabrio2b