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La Corse des Années 1930 à la seconde guerre Mondiale

La passion de l'identité (Contrib. Hélène CHAUBIN...(2/3))

Avant 1940. La réaction des Corses et des antifascistes italiens à l'irrédentisme

Après Montecitorio (N.D.L.R. : 30 novembre 1938 discours annexionniste de Ciano), la passivité est impossible […]. Le président du Conseil, Daladier, entreprend la visite des régions visées par l'Italie. Il est en Corse les 2 et 3 janvier 1939, accompagné par le ministre de la Marine, César Campinchi, l'une des personnalités les plus haïes des muvristes et des irrédentistes. […]. Les manifestations d'attachement à la France qui l'ont précédé (depuis le 30 novembre 1938), et qui le suivent, laissent peu de doutes sur les voeux de la majeure partie de la population et la faible audience des italophiles. De nombreux meetings sont animés par les représentants de la gauche corse et par les associations italiennes anti-fascistes. Le radical Jean Zuccarelli et le communiste Arthur Giovoni sont des plus actifs. L'un et l'autre seront. des dirigeants de la résistance. Avec eux, la Ligue italienne des Droits de l'Homme, l'Association franco-italienne des Anciens Combattants, l'Union populaire italienne pour le pain, la paix, la liberté, condamnent les revendications fascistes : « La Corse n'a jamais été italienne. La Corse ne sera jamais italienne » (texte de L'Union populaire du 25 décembre 1938). C'est un sentiment proche de celui qu'a exprimé trois semaines plus tôt Jean Ferracci, président des Anciens Combattants du nord de l'Ile dans le Serment de Bastia : « Face au monde, de toute notre âme, sur nos gloires, sur nos tombes, sur nos berceaux, nous jurons de vivre et de mourir Français ». 

Les régionalisme à l'épreuve de la guerre et des ambiguïtés de Vichy

La déclaration de guerre de l'Italie à la France que la fraction la plus italophile des régionalistes impute aux provocations françaises, les réduit au silence et à l'inaction, sauf à s'enfuir en Italie. Seuls les irrédentistes qui résident en Italie se font entendre entre juin 1940 et novembre 1942. Ils espéraient une annexion ou du moins une occupation immédiate. Ils sont déçus par les termes de l'armistice du 24 juin.
En Corse, les corsistes les plus engagés et les irrédentistes sont tous inscrits depuis 1935 au carnet B du département comme agitateurs. Tous sont sous surveillance et quelques-uns sont internés à Calvi au Fort de Maillebois en juin 1940 en compagnie de communistes et de repris de justice : ils sont 5 sur 16 prisonniers. Parmi eux le journaliste Yvia Croce. Ils sont molestés à leur arrivée à Calvi par 500 manifestants qui crient « A mort les traîtres, les espions » (4)   A.D.C.S. 8W40, Rapport de gendarmerie du 5 juillet 1940. Déposition du secrétaire du commandant d'armes de Calvi   .[…] Le petit groupe est finalement transféré en Haute Vienne au centre de St Paul d'Eyjeaux ou dans l'Isère à Sisteron. Ceux qui sont demeurés en liberté surveillée restent « susceptibles de faire l'objet d'une arrestation préventive en cas d'évènements graves » (5)   A.D.C.S. 6W52. Un rapport du commissaire des RG de Bastia du 28 mai 1942 donne une liste de 52 noms dont 38 communistes, 2 membres du PPF, 8 « gaullistes » et seulement 4 italophiles et irrédentistes. Le régime s'inquiète moins des collusions avec l'Italie que des actes de résistance   . Tous les internés ont été libérés - sans pouvoir revenir en Corse - entre janvier 1941 et mai 1942. Les risques de la reprise de contact avec les Italiens sont réels. Car la délégation italienne d'armistice installée depuis le 8 juillet 1940, uniquement militaire à l'origine, a été complétée grâce à un accord du 4 février 1941 avec Vichy, par une « sous-délégation aux Affaires générales », chargée de la défense des 6 000 civils Italiens demeurés en Corse après les rapatriements. Parmi ses membres, des personnages bien connus avant guerre pour leurs convictions fascistes et irrédentistes et tenus pour des espions […].
Les manifestations des groupes d'action irrédentistes continuent en Italie ainsi que les émissions radio à destination de la Corse. Petru Giovacchini avait envoyé le 25 mai 1940 un message à ses « frères » corses pour leur annoncer que le retour à la mère patrie italienne était proche (un message reproduit par Il Messagero du lendemain) et, le 5 juin 1940, il avait rebaptisé Gruppi d'azione irredentista corsa les anciens « Groupes de culture corse ». En 1941, il obtient de visiter (en uniforme de Colonel des Chemises noires), des prisonniers de guerre corses en Allemagne pour leur promettre la liberté en échange de leur adhésion aux groupes irrédentistes corses (6)   A.D.C.S. 1W41, Interception postale du 15 août 1941   . C'est un échec mais le projet sera repris en 1943. En 1942, il est nommé consigliere nazionale, représentant de la Corse à la Chambre italienne. Mais la CIAF insiste sur la montée des inquiétudes en Corse où on ignore le contenu des scénarios d'annexion mais où la BBC est très écoutée.[…] L'Italie ne peut compter ni sur « le minuscule parti autonomiste corse », victime d'un « traitement féroce »…, ni sur les quelques milliers d'Italiens »réduits à la fonction d'ilotes, et parfois anti-fascistes » (7)   C.I.A.F. Turin. Busta 49. Programma per la Corsica, rapport du 13 novembre 1941   .
Quant aux régionalistes non italophiles, les Cyrnéistes (8)   Sylvain Gregori, op.cité. « le régionalisme pétainiste », page 110 et suivantes   , ils ont beaucoup évolué en se ralliant au régime de Vichy donc en adhérant à l'identité française rénovée à leurs yeux par la Révolution Nationale. Le préfet Balley, très soucieux de répondre à la critique irrédentiste, cherche à capter le courant cyrnéiste. Une directive de Pierre Laval du 28 septembre 1940 l'amène à réunir une commission départementale de propagande régionaliste. Les Cyrnéistes s'engagent. Ils vont se fondre dans les fantasmes du Maréchalisme.[…]

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Posté par cabrio2b