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L'armistice. La DIA

La délégation italienne d'armistice. Les premiers actes de résistance

La Corse sous contrôle mais pas occupée

Juin 1940. Mussolini, l'allié d'Hitler, saisit l'occasion de la déroute française pour se lancer à la conquête de territoires limitrophes de l'Italie. Mais il n'ira pas très loin ; l'armée française sur ce front résiste. Et selon les termes de l'armistice qui sera signé avec l'Italie, le 22 juin 1940, l'Italie ne pourra occuper que les postions acquises à la cessation des combats, pas plus ; c'est à dire 13 communes du sud est de la France comptant moins de 30.000 habitants.

La Corse a essuyé quelques attaques aériennes italiennes, faisant peu de dégâts et peu de victimes. « L'Italie, fait observer Hélène Chaubin, n'a eu ni le temps ni l'opportunité de s'emparer de la Corse avant l'armistice (…). La Corse ne subit donc pas une occupation immédiate. Mais elle est désarmée » (1)   Hélène Chaubin. Corse des années de guerre 1939-1945 p. 16 (Ed. Térésias 2005)   ; désarmée et placée sous contrôle de la Commission Italienne d'Armistice avec la France (C.I.A.F.) représentée sur l'île par une délégation (D.I.A) qui débarque à Ajaccio le 8 juillet : ils sont 28 membres dont quelques fonctionnaires du consulat d'avant guerre, connus pour leur activisme irrédentiste. C'est dire l'intention du gouvernement italien.

Mussolini avait depuis longtemps le projet d'annexer la Corse et d'autres territoires français : Nice, la Tunisie et certaine colonies. Il pensait en juin 1940 son heure arrivée. Mais Hitler, son puissant allié, refreine ses ardeurs. Certes Hitler avait bien promis à son acolyte, le 4 octobre, à la rencontre du col du Brenner que ces territoires reviendraient au Duce mais il se ravise après qu'il ait rencontré Pétain à Montoire, le 24 octobre, et qu'il ait pris acte de la collaboration du Maréchal qui accepte d'être à la tête d'un Etat fantoche. En échange, le Führer limite les appétits de l'Italie : la Corse et les autres territoires convoités par le Duce resteront français… pour l'instant. « Dépités d'avoir obtenu de si maigres avantages (…) les Italiens vont se montrer tatillons dans le contrôle de la Corse » fait remarquer le Général Gambiez.() (2)   Général Gambiez. Libération de la Corse. p. 55 (Ed. Hachette 1973)   , si tatillons que la France créera une Direction des services de l'armistice placée sous l'autorité du Général Weygand qui essayera de contenir le zèle et les empiètements de la délégation italienne.

Les premières réactions de résistance

Lorsque la Délégation italienne d'armistice débarque à Ajaccio elle est accueillie par « des injures et des quolibets ; des officiers sont hués et reçoivent même quelques projectiles. On se réjouit des déboires italiens en Afrique et en Albanie qui provoquent une attitude narquoise envers les membres de la D.I.A » (3)   Ibid p. 61   Le commandant Pierre Silvani leur fait savoir aussitôt son hostilité. Ca lui vaudra 15 jours d'arrêts. D'autres officiers demandent l'aide du consul d'Angleterre pour pouvoir rejoindre Londres Le 22 juillet, Eugène Macchini organise une manifestation sur le cours Napoléon aux cris de « vive l'Angleterre, à bas l'Italie ».Il sera condamné à 20 jours de prison. Eugène Macchini est pourtant Président de la municipalité bonapartiste dont le maire Dominique Paoli, prêche, lui, la résignation et menace les fauteurs de troubles des foudres de la justice. Même hors de Corse la résistance se manifeste par la voix d'un officier en poste à Vichy : celle du commandant Pietri qui lance un appel dès le 11 juillet, c'est-à-dire le lendemain du vote des pleins pouvoirs à Pétain.

Ces premiers actes de résistance sont l'expression d'une volonté largement partagée par la population corse : « Nous voulons rester Français ». Et pourtant la propagande irrédentiste, commencée avant guerre, s'intensifie pour convaincre les Corses que la France est une marâtre et qu'ils ont tout à gagner avec l'Italie mussolinienne ; une radio émettant depuis Turin a même été ajoutée à la panoplie des moyens de propagande destinés à l'Ile de beauté. Mais c'est l'effet inverse qui se produit ; cette propagande ne fait qu'alimenter la haine du « Lucchese » (Luquois). Rien n'y fait, pas même la promesse, fin 1940, que les autorités fascistes pourraient intercéder auprès des Allemands afin que les prisonniers de guerre originaires de l'île soient internés dans des camps spéciaux où ils seraient mieux traités. Et c'est à l'unisson de la population de l'île que cette offre sera plus tard rejetée par les prisonniers corses aussi. La Délégation italienne d'armistice a fort à faire face à l'obstination des Corses .

Posté par cabrio2b