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Il y a 75 ans, le programme du CNR *

C’est la période des grands débats. Ils sont supposés faire remonter les revendications des citoyens pour que des décisions fortes soient prises afin de les satisfaire dans des délais les plus rapides. Soit… Faisons donc remonter pour notre association.

Plaque-rue-Dufour-6me-arro.jpgSur le plan économique : - l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie ; -une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général et affranchie de la dictature professionnelle instaurée à l’image des états fascistes ; -le retour à la nation des grands moyens de production monopolisés, fruit du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurance et des grandes banques ; -le développement et le soutien des coopératives de production, d’achats et de ventes agricoles et artisanales

Sur le plan social : - le droit au travail et au repos, notamment par le rétablissement et l’amélioration du régime contractuel du travail ; - un réajustement important des salaires et la garantie d’un niveau de salaire et de traitement qui assure à chaque travailleur et à sa famille la sécurité, la dignité et la possibilité d’une vie pleinement humaine ; - la garantie d’un pouvoir d’achat national (…) ; - un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se le procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’État ; - la sécurité de l’emploi, la réglementation des conditions d’embauchage et de licenciement, (…) ; -l’élévation et la sécurité du niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs (…), par un système d’assurance contre les calamités agricoles… ; -une retraite permettant aux vieux travailleurs de finir dignement leurs jours…

Vous aurez reconnu dans cette liste quelques «morceaux choisis» du Programme du Conseil National de la Résistance dont nous commémorons cette année le 75ème anniversaire. Il avait été élaboré le 15 mars 1944, après un long et difficile travail préparatoire, par un groupe de Résistants de tous bords qui ne portaient pas de gilets jaunes ce qui en aurait fait des cibles parfaites pour les Allemands ou les miliciens qui sévissaient encore sur notre territoire. Le nettoyage de la maison France allait prendre encore une grosse année. Force nous est de constater que beaucoup de ces propositions ont pu être entendues ces derniers temps sur les ronds-points de France…

Est-ce à dire que les décisions prises à l’unanimité par le C.N.R. ne furent point suivies d’effets. Non, une série de mesures fortes allait fonder le socle de notre système de protection sociale. Que s’est-il donc passé pour que, 75ans après, les propositions énoncées ci-dessus restent d’une brûlante actualité? La situation économique de la France est-elle pire en 2019 qu’à l’issue d’une guerre qui l’avait laissée exsangue. Au fil des ans, de septennats en quinquennats, par grignotages successifs, les « Élites » dénoncées en leur temps par l’« Homme du 18 juin » ont peu à peu repris la main sur l’économie et le social. L’affaiblissement organisé des corps intermédiaires a permis ce tour de passe-passe qui s’est opéré avec la complicité de gouvernants ayant perdu la main sur le vrai pouvoir. L’indépendance nationale, idée force du gaullisme, a été balayée par la mondialisation libérale qui a mis en concurrence ceux qui vivotent ici et ceux qui survivent là-bas. On a ainsi abaissé le niveau d’exigence sociale et transformé la juste colère populaire qui rassemble en haine qui divise.

Le programme de 1944 s’était élaboré avec une forte représentation des forces du travail ce qui explique son audace politique. Quant au Général de Gaulle, sous l’autorité duquel la Résistance s’était unifiée par l’intermédiaire de Jean Moulin, il déclarait dès le 18juin 1942 :

« C’est bien à l’homme, à la femme, que tout aura été demandé pour vaincre. C’est donc l’homme, c’est donc la femme, qui devront être les vainqueurs. Pour la France, en particulier, où le désastre, la trahison, l’attentisme, ont disqualifié beaucoup de dirigeants et de privilégiés et où les masses profondes du peuple sont, au contraire, restées les plus vaillantes et les plus fidèles, il ne serait pas acceptable que la terrible épreuve laissât debout un régime social et moral qui a joué contre la nation. La France qui combat entend que la victoire soit le bénéfice de tous ses enfants. A l’abri de l’indépendance, de la sécurité, de la grandeur nationales recouvrées, elle veut que soient assurées et garanties à chaque Français la liberté, la sécurité, la dignité sociale. »**

Si Le Général, d’un conservatisme revendiqué, tendance monarchiste, pouvait, dans un contexte, certes particulier, prononcer ces mots, c’est que le difficile consensus était possible. D’autant que sa version « républicanisée » de « l’État, c’est moi » le rendait plutôt favorable à certaines nationalisations. Il déclarait aussi sans ambages : « Je n’aime pas les miens, ils aiment trop l’argent.» Les présidents qui lui ont succédé n’en ont pas fait leur devise. Nous avons lentement mais sûrement changé d’époque. Alors que le mal se répand partout en Europe et dans le monde, il nous faut travailler et agir à tous les niveaux pour que les peuples trouvent en eux-mêmes et surtout rassemblent les forces qui peuvent empêcher le retour de l’inconcevable. C’est ce que fit la France, dans une période douloureuse, en créant le Conseil National de la Résistance le 27 mai 1943.

Jean-Marc Rouveyre ANACR Lozère

* Publié avec l'aimable autorisation de l' ANACR Lozère. Le titre est de la rédaction de l'ANACR 2A

** Discours du 18 juin 1942 à l’Albert Hall de Londres.

21h36 – 21h57 « Les Français parlent aux Français »

Posté par antoine